Le 15, le onzième corps se porta en avant et rencontra, à Godeau, le corps de Miloradowitch. Après une résistance de quelques moments, l'ennemi se retira à Bautzen, et repassa la Sprée. Appelé par le bruit du canon et par l'invitation du maréchal Macdonald, je marchai sur-le-champ; mais j'arrivai quand le combat finissait. Le onzième corps campa en face de Bautzen, le sixième campa à sa gauche, et le quatrième à la gauche de celui-ci. L'ennemi, qui voulait gêner les communications de nos divers corps d'armée, avait porté un grand nombre de Cosaques, sous les ordres directs de Platow, à Grossenheim, soutenu par le corps de Kleist.
Napoléon, voulant nettoyer tout cet espace entre son centre et sa gauche, donna l'ordre au duc de Trévise de partir de Dresde avec une division de jeunes gardes et le corps de cavalerie, commandé par le général Latour-Maubourg, et de chasser l'ennemi de cette position trop avancée. Après une résistance assez vive de la part des Prussiens, ce but fut atteint. Kleist se retira dans la direction d'Elstenwerda, et Platow dans celle d'Ortona.
Après avoir rempli cet objet, le duc de Trévise marcha sur Bautzen. Le 18, le cinquième corps se porta sur Hoyerswerda, et les troisième et septième suivirent.
Ces trois corps étaient destinés à tourner toutes les positions que l'ennemi avaient fortifiées. Le même jour, l'Empereur et tout le reste de sa garde partirent de Dresde. Ils vinrent s'établir, avec le quartier général, en face de Bautzen. Mais ce jour-là, 18, l'ennemi ayant appris le mouvement du cinquième corps sur Hoyerswerda, et ignorant qu'il était soutenu par les troisième et septième corps, fit un détachement pour s'opposer à lui, et profiter de son isolement pour le battre.
Le général York vint avec dix mille Prussiens prendre position à Weissig. Il était appuyé par Barclay de Tolly avec douze mille Russes. Le général Bertrand détacha sur Königswerth la division italienne de son corps, pour maintenir la communication entre les deux parties de l'armée. Cette division, établie négligemment, fut attaquée et surprise par Barclay. Elle fut mise dans un grand désordre. Cependant, comme elle était appuyée à des bois en arrière de la ville, elle réussit à se rallier, et soutint le combat. Sur ces entrefaites, le comte de Valmy arriva avec sa cavalerie, et Königswerth fut repris. Pendant ces événements, le cinquième corps avait rencontré le général York à Weissig. Un combat opiniâtre s'ensuivit. La position fut enlevée, et l'ennemi fut forcé de se replier sur le gros de son armée.
Ces deux corps, d'York et de Barclay de Tolly, rentrèrent en ligne. Le corps russe fut chargé de défendre la Sprée dans son cours inférieur.
Le 19, toute l'armée française était déployée circulairement devant Bautzen, le douzième corps occupait l'extrême droite, et était placé sur les hauteurs de Technitz. Le onzième corps était près de Breska, derrière le Windmüchlenberg. Le sixième était en avant de Salzfortgen. Le quatrième appuyait sa gauche à Welka et à la chaussée de Hoyerswerda. La garde et la cavalerie étaient en arrière, sur la route de Dresde. Le quartier général était à Fortigen. La gauche de l'armée n'était pas encore en ligne. Le cinquième corps occupait Weissig. Le troisième, un peu en arrière, se trouvait à Markersdorf; le septième à Hoyerswerda. Le deuxième avait quitté Wittenberg, et s'était avancé vers Galzen et Dalheim. Il était en face des corps prussiens de Bulow, de celui de Berstel et de la division russe de Karper.
L'armée ennemie avait deux positions à défendre: la première ayant sa gauche aux montagnes, défendue par des abatis et des redoutes, et le front couvert par Bautzen et la Sprée, dont le lit est encaissé et les bords escarpés; la deuxième position, également appuyée aux montagnes, se composait des retranchements construits en avant de Kalskirch. Son front était couvert par une ligne de redoutes faites avec soin et bien armées, et par les hauteurs de Krekvitz. Enfin la droite occupait les hauteurs de Glaima, et les points de Klitz et de Malschitz.
Le 20, au matin, l'armée s'ébranla. Le douzième corps, placé à la droite, attaqua les hauteurs où était la gauche ennemie, après avoir jeté un pont sur la Sprée et passé cette rivière. Le onzième corps fut chargé d'attaquer Bautzen, après avoir aussi franchi la Sprée au-dessus de cette ville. Je reçus l'ordre de passer la Sprée à une demi-lieue au-dessous de Bautzen, et d'attaquer le corps de Kleist qui était en face, et occupait les hauteurs de Seydan. Une vive résistance nous fut opposée; mais, après un combat de cinq heures, l'ennemi fut chassé des diverses positions qu'il occupait devant nous et forcé à se retirer, sur les hauteurs du village de Kayna, en arrière du ruisseau.
Comme Bautzen continuait à se défendre et arrêtait la marche du onzième corps, je détachai ma première division, commandée par le général Compans, pour prendre la ville à revers. La batterie qui en défendait les approches fut enlevée au pas de charge, et les remparts escaladés. Tous les soldats russes qui se trouvaient dans la ville furent faits prisonniers.