Le troisième et le septième corps continuèrent leur mouvement à l'appui du cinquième corps dans la direction de Haynau et de Liegnitz. J'arrivai, ce jour-là, sur la Katzbach dont l'ennemi occupait en force la rive droite. Le 27, l'ennemi prépara un mouvement de concentration et de retraite sur la haute Silésie, en approchant sa droite du gros de ses forces, qui se retira à Merteskatz, à peu de distance de Jauer, et y prit position. Pendant ce temps, le septième et le cinquième corps français arrivaient à Liegnitz, tandis que le quatrième prenait position sur la Katzbach à Hohendorf, et le onzième à Goldsberg. Le troisième corps était resté à Haynau. Ainsi toute l'armée était en ligne, prête à s'engager contre les forces concentrées de l'ennemi; mais, après cette concentration, l'ennemi continua son mouvement rétrograde en laissant de fortes arrière-gardes pour couvrir Breslau.

Le quartier général ennemi se dirigea sur Schweidnitz.

Le même jour, 27, je passai la Katzbach, et je chassai l'ennemi qui gardait les défilés en arrière de cette rivière. L'ennemi présenta à ma vue environ trente mille hommes placés en échelons, ce qui annonçait l'intention de se retirer.

Le surlendemain, 29, je marchai sur Jauer, tandis que le quatrième corps couvrait ma droite en se portant sur Hemsdorf. En avant de Jauer, je trouvai un corps ennemi d'environ quinze mille hommes que je culbutai après un combat assez vif. J'avais été rejoint par le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg; mais cette cavalerie, toute nouvelle et peu instruite, était d'une faible ressource. Avec une cavalerie capable de combattre, et sur laquelle j'eusse pu compter, ce corps de quinze mille hommes aurait probablement été détruit, tant le succès obtenu avait été prononcé. Il y eut un millier de prisonniers de faits. Toutes les forces ennemies se dirigèrent sur Striegau.

Les troisième, cinquième et septième corps continuèrent leur mouvement dans la direction de Breslau, et s'établirent à Neumarck. Le 29, les armées restèrent en position.

Le 30, je reçus l'ordre de me diriger sur Eisendorf, et le duc de Tarente, avec le onzième corps, fut dirigé sur Striegau. Pendant ce mouvement de flanc, une nombreuse cavalerie s'opposa à ma marche et m'obligea à prendre beaucoup de précautions. La position de l'armée ainsi réunie obligeait l'ennemi à rester acculé à la Bohême et à la Silésie autrichienne. Si la guerre eût continué immédiatement avec des succès marqués, sa situation pouvait devenir fort critique et même désespérée.

Mais l'ennemi, en choisissant cette direction, avait calculé toutes les chances qui pouvaient en résulter. En repassant l'Oder, il abandonnait toute la Prusse et la livrait à notre vengeance. Il consacrait l'opinion d'une infériorité décidée. L'Autriche, encore indécise sur le parti qu'elle prendrait, car des velléités et des projets hypothétiques étaient seuls entrés alors dans son esprit, était abandonnée et livrée à ses craintes si on s'éloignait d'elle. En se serrant sur elle, on l'entraînait dans une alliance. En la prenant pour arbitre, la laissant maîtresse de dicter les conditions de la paix aux puissances belligérantes, on flattait son orgueil, on servait ses intérêts, et on la forçait à prendre parti contre Napoléon, s'il se refusait à se conformer à ses offres.

D'un autre coté, ce parti hardi avait ses inconvénients; car, si les événements eussent pris un grand caractère d'urgence, l'Autriche, n'étant pas encore prête, n'aurait pas voulu se compromettre en se déclarant pour les alliés. Alors ceux-ci devaient avoir en vue, comme complément de leurs combinaisons, d'arriver à la conclusion d'un armistice. De son côté, Napoléon était décidé à y consentir par méfiance de l'Autriche, motivée sur la manoeuvre des ennemis, annonçant de leur part une confiance qui cependant était loin d'être entière; mais il fallait alors, pour cette raison, vouloir faire la paix.

Cependant il a été démontré depuis que, dans cette circonstance, l'intérêt bien entendu de Napoléon aurait été de continuer la guerre. Son armée était plus nombreuse que celle de l'ennemi. Celle-ci, battue dans deux grands engagements, et après une retraite fort longue, éprouvait du découragement. Aucun renfort ne l'avait encore rejoint.

Quant à nous, nos corps, organisés à la hâte, avaient beaucoup souffert des combats et des marches. Il y avait fatigue et lassitude. Notre cavalerie, si peu nombreuse encore, n'avait aucune consistance. Un repos de deux mois devait rendre à nos troupes toute la valeur dont elles étaient susceptibles. D'ailleurs, d'immenses renforts étaient en marche de toutes parts pour nous rejoindre. Enfin nos jeunes soldats devaient profiter, dans des camps de repos, des soins qu'on donnerait à leur instruction. Toutes ces considérations firent pencher Napoléon en faveur d'un armistice quand les Russes le lui firent proposer. Le général Schuwaloff, aide de camp de l'empereur de Russie, se présenta à nos avant-postes pour le demander. Le duc de Vicence ayant été envoyé par Napoléon pour le recevoir, des conférences suivirent dans le château de Pleiswig entre les avant-postes des deux armées, et, en quarante-huit heures, tout fut convenu et signé.