Cet armistice devait durer jusqu'au 20 juillet et cesser six jours après avoir été dénoncé; plus tard, on le prolongea jusqu'au 10 août. La ligne de démarcation suivante fut convenue entre les deux armées: en Silésie, la ligne de l'armée combinée, partant de la Bohême, passait par Dittersbach, Paffendorf et Landshut, suivait le Bober jusqu'à Budelstadt, et de là, passant par Boskenheim et Striegau, suivait la rivière de Striegau jusqu'à Kanth.

La ligne de l'armée française partait également des frontières de la Bohême, arrivait au Bober par Schreibersan et Rimnitz, suivait cette rivière jusqu'à Lahn, allait ensuite gagner à Neukwitz la Katzbach, qu'elle suivait jusqu'à l'Oder.

Le pays entre les deux lignes de démarcation était neutre depuis l'embouchure de la Katzbach. La ligne de démarcation suivait l'Oder jusqu'à la frontière de la Saxe, vers l'embouchure de la Sprée, de là arrivait à l'Elbe, non loin de l'embouchure de la Saale, en suivant les frontières de la Prusse, et ensuite le fleuve jusqu'à la frontière de la troisième division militaire. La démarcation du bas Elbe devait être déterminée de concert avec le prince d'Eckmühl. Il fut convenu que Magdebourg et toutes les places fortes entre les mains des Français, situées dans les pays occupés par l'ennemi, auraient un rayon d'une lieue autour de leur enceinte et seraient ravitaillées tous les cinq jours.

Les deux armées devaient être placées, le 12 juin, sur leurs nouvelles lignes. Le quartier général de l'armée s'établit à Reichenbach. L'empereur Napoléon retourna à Dresde, où il arriva le 10 juin.

Pendant les mouvements dont j'ai rendu compte, le douzième corps, commandé par le duc de Reggio, était resté d'abord à Bautzen. Il s'était ensuite porté sur Hoyeswerda pour couvrir l'armée contre les troupes qui venaient de Berlin, et que commandait le général Bulow. La mission de ce corps d'armée était de couvrir cette capitale, et, en conséquence, il s'était placé à Interbach. Là, il reçut des renforts de la landwehr de Brandebourg, et son effectif atteignit le chiffre de trente mille hommes. Ainsi renforcé, Bulow vint attaquer le duc de Reggio à Hoyerswerda, mais il fut repoussé avec perte. Il fit sa retraite sur Kottebus, où il prit position avec la masse de ses forces, occupant ainsi Gaben, Drebkorn et Interbach, avec de forts détachements. Le duc de Reggio marcha à lui; mais, ayant voulu menacer Berlin, il se porta dans la direction de Lukau. Bulow, informé de ce mouvement, accourut en toute hâte sur ce point. Lukau a une bonne enceinte et des fossés pleins d'eau. L'avant-garde ennemie fut culbutée et forcée de rentrer dans la ville. Mais ce premier succès ne termina point le combat; la lutte se prolongea et finit par tourner à notre désavantage. Le douzième corps, attaqué sur ses flancs et obligé de se retirer, se dirigea sur Ubigau, où il reçut la nouvelle de l'armistice.

Par la dispersion de ses forces, l'ennemi avait donné beau jeu au duc de Reggio; mais celui-ci n'en sut pas profiter. Sa marche incertaine en se portant en avant, ses directions variées, donnèrent au général Bulow le moyen de réparer toutes ses fautes et de combattre à Lukau avec avantage.

Le mouvement général des troupes, nous ayant éloignés de notre frontière, avait laissé l'Allemagne tout entière sans troupes. Le corps de Woronzoff devant Magdebourg, et un autre corps stationné à Hambourg, servaient d'appui à une foule de partisans qui opéraient sur nos derrières. Ils se montraient partout et dans toutes les directions. Divers convois furent enlevés, plusieurs détachements pris, et beaucoup d'atrocités commises contre les usages de la guerre. Un partisan prussien, nommé Lutzow, acquit, dans ces circonstances, une sorte de célébrité.

Une opération combinée entre les généraux Woronzoff et Czernikoff faillit avoir pour résultat l'enlèvement de la garnison de Leipzig, où beaucoup de blessés se trouvaient réunis; mais l'armistice en arrêta l'exécution au dernier moment.

Enfin divers combats eurent lieu dans les environs de Hambourg. Les îles de l'Elbe et la ville de Hambourg elle-même tombèrent successivement au pouvoir du général Vandamme, au moyen des secours que lui envoya le roi de Danemark, qui resserra en cette circonstance ses liens d'alliance avec l'Empereur. Dès ce moment, une division danoise, commandée par le général Schomtenbourg, se trouva combinée avec les troupes françaises.

Les différents corps de l'armée établis dans les divers cercles de Löwenberg, de Goldsberg, Buntzlau, eurent ces territoires pour assurer leurs besoins. Le sixième corps fut placé à Buntzlau. Chacun s'occupa avec activité à refaire les troupes, à les réorganiser et à les instruire. Des détachements amenant des recrues étaient en route de France pour tous les régiments; mais, comme ils étaient entièrement composés de nouveaux soldats sans aucune instruction, il fallait consacrer tous ses efforts à les mettre en état de combattre. Ces soins occupèrent tous les chefs de l'armée jusqu'au 10 août, moment auquel on reprit les armes. Je vais rendre un compte succinct de ce qui se passa jusqu'au renouvellement des hostilités.