Corps Joseph Napoléon, un bataillon.
L'artillerie se composa de quatre-vingt-quatre bouches à feu. L'extrême pénurie éprouvée en cavalerie empêcha de m'en donner une seule division ou même une seule brigade. J'eus à ma disposition seulement les lanciers de Berg, composés d'environ deux cents chevaux. Les régiments d'artillerie de la marine, faisant le fond de mon corps d'armée, méritaient beaucoup d'éloges pour leur bravoure et leur bon esprit. Jamais soldats ne se sont exposés de meilleure grâce au canon de l'ennemi, et n'y sont restés avec plus de fermeté. Mais ces troupes avaient une grande maladresse et un manque complet d'expérience de la guerre de terre. Elles eurent en conséquence, pendant quelque temps, beaucoup de désavantage devant l'ennemi. Le personnel des officiers dut être remanié. Il fallut nommer à un grand nombre d'emplois. On exerça constamment aux manoeuvres et les vieux et les jeunes soldats; même pendant les marches, l'instruction fut continuée. On agit de la même manière dans les autres bataillons, entièrement composés de conscrits. Ceux dont les cadres étaient bons, quoique formés très-rapidement, purent être présentés à l'ennemi avec confiance, tant les paysans français, belliqueux par essence, sont faciles à dresser. Un bataillon du 4e régiment de ligne, dont le cadre était complet et admirable, m'en donna la preuve. Ce bataillon, après avoir reçu les recrues à la fin de janvier, était un corps modèle au mois de mai suivant.
Mes divisions étaient commandées, savoir: la première par le général Compans; la deuxième par le général Bonnet; la troisième, par le général Freiderick; mon artillerie, par le général de division Fouché.
J'établis mon quartier général à Hanau, et mes troupes, pour vivre et se former, eurent le pays environnant sur la route d'Allemagne, jusques et y compris Fulde.
Pendant ce temps, le troisième corps, commandé par le maréchal prince de la Moskowa, s'organisait dans le duché de Saxe. La gauche se formait à Mayence, et la cavalerie en Lorraine et dans le Palatinat du Rhin. Le vice-roi avait son quartier général à Strassfurth et le maréchal Ney, à Meiningen. Les corps ennemis étaient ainsi placés: celui de York à Dessau; Wittgenstein, au delà de l'Elbe, et la masse des troupes, réunies en arrière de Dresde, prêtes à déboucher.
Je portai, le 13 avril, ma deuxième division sur Vach. Le 15, elle prit position à Eisenach, tandis que la première la remplaça à Vach, et que le prince de la Moskowa débouchait sur Erfurth.
Le mouvement commencé continua, et, le 21, ma deuxième division, qui tenait la tête de la colonne, arriva à Gotha, la première à Langensalza et la troisième à Eisenach, où, dès le 19, j'avais porté mon quartier général.
Pendant ces marches, nos troupes achevaient de s'organiser. De son côté, le vice-roi, marchant pour faire sa jonction, arrivait à Mersebourg. Le 1er mai, au matin, le troisième corps avait débouché de Weissenfels, où je l'avais remplacé. Une avant-garde ennemie eut avec lui un léger engagement dans lequel le maréchal Bessières fut tué. C'était un de nos compagnons d'Italie et sa perte fut appréciée par l'armée. Je la ressentis plus vivement que d'autres à cause de nos souvenirs communs. Séparés pendant longtemps et ayant eu pour lui quelques motifs d'éloignement, nous nous étions rapprochés, et notre ancienne amitié s'était réveillée. Homme d'esprit et de coeur, il donna toujours à l'Empereur des avis utiles. Vingt et un jours après, nous devions perdre un autre camarade qui m'était bien plus cher. La fortune devait enfin s'appesantir sur nous, après nous avoir si longtemps protégés et comblés de ses faveurs.
Le troisième corps alla prendre position à Kaia, à Kleingrossgorschen et à Starfield. Napoléon se rendit à Lutzen, où il établit son quartier général.
Je pris position à Ripach et je mis mon corps d'armée à cheval sur le ravin, prêt à marcher dans différentes directions. Pendant ce temps les troupes aux ordres du vice-roi, occupant la rive gauche de la Saale, s'étaient rencontrées à Mersebourg, et avaient fait leur jonction avec celles que Napoléon amenait en personne. L'Empereur ignorait la position véritable de l'ennemi et ne supposait pas qu'il se décidât si promptement à l'offensive. Une raison suffisante pour ignorer les mouvements était notre défaut de cavalerie. Nous ne pouvions pas battre la campagne et avoir des nouvelles certaines. Mais Napoléon aurait dû réfléchir que l'ennemi, ayant trente mille chevaux, tandis que nous n'en avions pas quatre mille, et possédant ainsi sur nous de si grands avantages dans un pays aussi plat, aussi découvert, ou ne nous attaquerait jamais, ou nous attaquerait en ce moment.