Boghos-Bey m'écrivit de nouveau, le 16 décembre 1838. Je lui répondis sans retard, le 6 février. Voici la lettre de Boghos-Bey.
«Alexandrie, le 16 décembre 1838.
«Monsieur le maréchal,
«Son Altesse le vice-roi, mon auguste maître, m'avait dit, en partant pour son voyage de la Nigritie: «S'il arrive quelque lettre de mon ami le maréchal, vous m'en ferez parvenir de suite la traduction partout où je serai.» Ses ordres ont été ponctuellement exécutés. Un courrier-dromadaire est parti avec la traduction exacte de la lettre dont vous avez daigné, monsieur le maréchal, m'honorer, en date du 8 novembre dernier.
«Les opinions de Son Altesse me sont assez connues pour être certain du plaisir qu'elle éprouvera en lisant la confirmation des sentiments d'amitié constante que cette lettre exprime, et qu'elle appréciera des conseils partant de si bonne source, et franchement donnés, pour les placer comme guides de sa marche future. Son Altesse doit espérer que la même conviction qui les a dictés pourra être manifestée en sa faveur auprès des augustes personnages dont le concours est nécessaire à sa demande juste et modérée, ayant pour but la conservation du fruit de sa carrière laborieuse.
«On attend, de jour en jour, la nouvelle de l'arrivée de Son Altesse à Kartoum. Ses dernières dépêches étaient de Dongolah. D'après son itinéraire, elle pourra être de retour au Caire vers la moitié de février, ne comptant pas s'arrêter longtemps au Tarogdu. J'ambitionnerais, monsieur le maréchal, de pouvoir lui soumettre quelques renseignements positifs sur la marche qu'aura faite, à ladite époque, l'opinion des hommes influents sur la question égyptienne, si toutefois vous ne jugiez pas indiscrète la demande d'une nouvelle lettre de votre part.
«L'offre gracieuse et engageante qui termine celle du 8 novembre m'enhardit, et mon auguste maître, pénétré que ses intérêts ne sauraient être en de meilleures mains, se trouvera très-flatté que vous daigniez les prendre sous votre patronage lorsque les circonstances pourront l'exiger.
«Plein de reconnaissance pour votre bon souvenir et pour tout ce qu'il vous a plu de m'écrire de bienveillant, je viens vous renouveler, monsieur le maréchal, mes hommages, tribut de respect et de vénération, avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur,
«Boghos-Joussouf.»
Voici ma réponse à cette lettre.
«Vienne, le 6 février 1839.