«Alexandrie, le 27 novembre 1839.

«Monsieur le maréchal,

«Je m'empresse d'accuser réception, monsieur le maréchal, de votre très-honorée lettre du 24 octobre dernier, qui s'est croisée avec celle que j'ai pris la liberté d'écrire le 27 du même mois.

«N'ayant point reçu jusqu'à ce jour celle qui a été remise à M. Abro, et dans l'incertitude qu'on puisse l'avoir bientôt, je dois vous adresser la prière, monsieur le maréchal, de m'en expliquer, par la prochaine, le contenu, dans le cas qu'il fût d'un intérêt majeur pour les circonstances du moment.

«Nous connaissons ici que ce serait à Vienne où raisonnablement pourraient recevoir une solution les affaires de l'Orient, par l'intervention européenne, soit par sa position centrale et proche de la Turquie, soit par l'influence du grand diplomate qui est à la tête du cabinet, soit enfin parce que les opinions opposées des autres gouvernements y seraient pesées en juste balance et modifiées. C'est sur cette base, aussi bien que pour répondre à l'amitié et à la confiance dont vous avez donné, monsieur le maréchal, des témoignages à Son Altesse le vice-roi, que j'avais reçu l'ordre de vous communiquer, ainsi que je l'ai fait dans ma précédente du 27 octobre, sa réponse aux ouvertures faites par le cabinet français.

«Ladite communication allant au-devant de l'offre gracieuse contenue dans votre lettre précitée du 28 du mois dernier, il est à croire qu'elle pourra être employée utilement; car, si l'on veut un arrangement stable dans les affaires turco-égyptiennes, pour arriver ensuite à s'entendre sur les affaires orientales en général, qui sont d'une portée bien plus élevée, il est indispensable que les défilés du Taurus, s'ils ne doivent pas appartenir à l'héritier de la Syrie et de l'Égypte, soient au moins entre les mains de quelqu'un qui n'ait pas intérêt à lui nuire, et, en proposant que le district d'Adana dût être rendu à la Porte à la mort du vice-roi, on manifeste une arrière-pensée qui soulèvera une autre guerre.

«J'aime à me persuader, monsieur le maréchal, que vos lumières pourront éclairer les hommes d'État à qui la question turco-égyptienne ne serait point assez familière, et leur faire comprendre que Son Altesse le vice-roi ne pourrait accepter un arrangement qui, à l'époque de sa mort, remettrait en question ce qu'il aurait obtenu pour sa famille. La possession par la Porte du district d'Adana servirait admirablement toute arrière-pensée, comme je l'ai déjà dit, et l'on doit éviter ces conséquences.

«J'ai l'honneur de vous renouveler, etc., etc.
«Boghos-Joussouf.»

Voici maintenant ma réponse:

«Vienne, le 27 décembre 1839.