Le Colisée a eu des destinations variées. Dans le moyen âge, il fut occupé par les Frangipani, qui en firent une forteresse et s'y établirent, comme les Colonna dans les thermes de Constantin et les Orsini dans le théâtre de Marcellus. Ces deux dernières familles, n'ayant pas cessé d'habiter Rome, sont restées en possession des monuments publics dont elles s'étaient emparées. Les Frangipani furent obligés par l'empereur Henri III de partager le Colisée avec les Annibaldi; mais ils chassèrent bientôt ces compétiteurs et reçurent l'inféodation du Colisée du pape Honorius II; ce qui fait comprendre cet édifice encore aujourd'hui dans le nombre des palais du pape. Depuis, les Frangipani l'ayant perdu, il a été, sous Sixte-Quint, un hôpital, puis une manufacture de draps. C'était avant Pie VI un lieu destiné à recevoir les immondices. Ce souverain éclairé s'occupa de sa conservation, de son nettoiement, et le livra à l'étude des antiquaires. Pie VII suivit son exemple. Il fit mieux encore en ordonnant l'exécution de grandes constructions dans le but d'en empêcher la destruction. C'était une sorte d'amende honorable faite au nom de ses prédécesseurs, qui l'avaient traité comme une carrière; car il a fourni les matériaux nécessaires pour construire le fort de Civita-Vecchia (ouvrage de l'immortel Michel-Ange), le palais Farnèse, le palais de Venise et d'autres encore. Enfin le pape Nicolas III avait voulu le détruire; mais il était construit si solidement, que les efforts dont on voit les traces furent impuissants. Ceux qui en étaient chargés trouvèrent beaucoup plus facile de se procurer les pierres dont ils avaient besoin à la carrière de Tivoli que dans ce monument dont toutes les parties sont liées avec un soin et une solidité inimaginables. Une belle pensée a occupé un pape, c'est l'érection d'une chapelle dans le Colisée, sous l'invocation des saints martyrs du Colisée, en mémoire et à l'intention des chrétiens morts dans le cirque, victimes du goût des Romains pour les plaisirs féroces. Cette chapelle avait été abandonnée, mais elle a été rétablie par le pape Benoît XIV, qui y a fait ajouter des stations de prières.

DIXIÈME PROMENADE.

Le 27 janvier, nous commençâmes par nous rendre au mont Palatin, à la villa Mils. À la partie méridionale, donnant sur le grand cirque, était le palais d'Auguste. On reconnaît encore une suite de salles formant ses appartements. Ces salles, ordinairement rondes, ont presque toujours trois rentrants, formant trois niches, où étaient placées des statues. Les entrées étaient masquées par des colosses autour desquels on tournait. Ce palais avait son entrée par le côté qui regarde le cirque et l'Aventin. Une suite de gradins en arc de cercle faisait arriver jusqu'à son niveau. De ces marches qui étaient au pied du palais, on pouvait voir dans l'intérieur du cirque, et elles se trouvaient ainsi former un supplément pour recevoir les spectateurs. Ce palais était beau, mais d'une dimension bornée.

Auguste fit construire à côté un temple à la Victoire regardant le Forum, en mémoire de la bataille d'Actium. Ce temple était décoré de six colonnes en marbre. Tibère augmenta l'étendue du palais d'Auguste en bâtissant entre le temple et lui. Une partie fut occupée par Livie, sa mère, et femme d'Auguste. Les ornements intérieurs existant encore sont remarquables par la pureté du goût, l'élégance des dessins, et des dorures légères.

Caligula ajouta encore à l'étendue de ce palais, et fit construire une caserne pour une cohorte prétorienne. Elle est placée plus à gauche, et borde le Palatin de ce côté, en dominant le temple élevé à Romulus, converti en église de Saint-Théodore.

Le mont Palatin et ses environs dans toutes les directions étaient occupés par une multitude d'habitations appartenant à des citoyens romains. Néron, pour agrandir son palais, voulant s'emparer de l'emplacement sur lequel elles étaient bâties, fit mettre le feu à ce quartier de Rome, qui fut réduit en cendre. Alors il exécuta ses vastes projets. D'énormes constructions furent faites au sud-est du mont Palatin, et par leur grande élévation, se trouvèrent arriver à la même hauteur que le sommet du mont, de niveau avec lui, et agrandirent ainsi sa surface. Elles se trouvèrent en liaison avec le palais d'Auguste; puis, traversant la vallée de l'est, elles atteignirent au mont Cælius, et formèrent ce qu'on appela la maison de passage: elle était située là où furent placés plus tard le vivarium et les maisons des gladiateurs. Continuant au nord, les constructions allèrent gagner le mont Esquilin où fut construite la maison dorée. L'emplacement du Colisée fut creusé, et devint un lac autour duquel furent construites des maisons d'esclaves et d'affranchis. Enfin un hippodrome pour l'usage particulier de l'empereur fut établi dans le rentrant ou vallon qui se trouve à l'est du mont Palatin, et dont l'ouverture donnait sur le grand cirque.

Nous finîmes ainsi le tour du mont Palatin, en reconnaissant les constructions des différentes époques, les développements successifs de ce palais, le plus vaste qui fut jamais. Les idées avaient tant de grandeur, et les dimensions étaient si colossales, que, l'empereur Nerva ayant limité l'emplacement du palais impérial au seul emplacement du mont Palatin, on considéra cette disposition comme la marque d'une grande modération. C'est du mot Palatin, où était situé le palais des Césars, qu'est dérivé le mot palais, consacré pour exprimer les grandes habitations.

Du mont Palatin nous fûmes voir le théâtre de Marcellus. Ce théâtre, bâti par Auguste, est consacré au nom de son neveu Marcellus, destiné à lui succéder à l'empire. Il fut occupé dans le moyen âge par les Ursins, dont il est devenu la propriété et l'habitation. Auguste fit bâtir près de ce théâtre un vaste portique, pour mettre à couvert de la pluie les spectateurs quand elle arrivait d'une manière imprévue. Ce portique reçut le nom d'Octavie, sa soeur, mère de Marcellus. C'était un long parallélogramme avec un double rang de colonnes. Celles qui existent encore aujourd'hui formaient une des entrées principales. Elles représentent deux façades semblables, une extérieure et l'autre intérieure. Ce portique renfermait deux temples, l'un à Jupiter et l'autre à Junon.

Nous terminâmes notre journée en allant voir le Panthéon. Ce monument, bâti par Agrippa, gendre d'Auguste, était destiné à faire partie des thermes qu'il voulait faire construire. Les moeurs publiques réprouvaient alors une pareille magnificence à l'usage des hommes, et il le convertit en un temple à tous les dieux. Il y avait douze autels dédiés aux douze dieux principaux. Au-dessus, la voûte était soutenue par des cariatides-colonnes qui furent enlevées par l'ordre de Septime-Sévère, et transportées à son palais, l'une d'elles ayant été frappée par la foudre. Toutes les rosaces de la coupole étaient en bronze, ainsi que la partie supérieure et extérieure de la coupole et du fronton. Tout le pourtour de la rotonde était recouvert à l'extérieur en marbre. Ce monument, dans son état de dégradation actuel, est encore un des plus beaux monuments de l'antiquité, donnant la plus juste idée du bon goût et de la grandeur qui régnaient à Rome du temps d'Auguste. C'est le pape Urbain VIII, Barberini, qui a dépouillé le Panthéon de ses bronzes, et les a employés à faire construire le baldaquin de Saint-Pierre et à fondre des canons. Une inscription consacre avec éloge cette action de barbare sur le lieu même où elle fut commise.

ONZIÈME ET DERNIÈRE PROMENADE.