Il nous restait à voir le Forum et ses environs, le Forum de Marc-Aurèle et le tombeau d'Auguste. Nous visitâmes ces lieux.
Le Forum républicain était le lieu où le peuple s'assemblait pour s'occuper des affaires publiques. Il était situé entre le mont Capitolin et le mont Palatin, et à leurs pieds. L'espace qu'il occupait, assez peu considérable, était encore encombré d'édifices. Auguste les rebâtit, et les fit plus grands, afin d'enlever plus d'espace au peuple. Pour déterminer les limites du Forum, il faut parler des différents monuments qui l'entouraient.
Au pied du Capitole était le temple de la Concorde. C'est là que les sénateurs s'assemblaient extraordinairement quand il y avait entre eux de puissants motifs de dissentiment. C'est là que Cicéron prononça ses Catilinaires. Se rassembler dans un pareil lieu était un moyen tacite de rappeler aux patriciens que leur puissance et leur force consistaient dans leur union. En avant était l'arc de triomphe élevé à Septime-Sévère; il est encore intact aujourd'hui. Immédiatement après commençait la place. À côté du temple de la Concorde se trouvait le temple élevé à Jupiter tonnant, action de grâce d'Auguste envers la divinité pour avoir échappé à la foudre, qui tua un homme placé près de lui sans le blesser, en Espagne, lors de la guerre des Cantabres. Il en reste trois colonnes. En tournant, on voit les restes du temple élevé à la fortune de Rome et reconstruit, après un incendie, par l'empereur Maxence. Il en existe huit colonnes. En s'approchant du mont Palatin, on retrouve l'emplacement du bâtiment destiné aux comices, ensuite le temple de Vesta, aujourd'hui église de Sainte-Marie-Libératrice; plus près du mont Palatin, le temple de Romulus, aujourd'hui église de Saint-Théodore; enfin la Curie, ou le lieu où se rassemblait le sénat. Il était soutenu par des colonnes et ouvert. À l'extrémité du Forum était le temple de Castor et Pollux, rebâti par Auguste. Il en reste trois colonnes. Du côté opposé se trouvaient la prison Mamertine et les Gémonies, le lieu où les archives du sénat étaient conservées, le temple de Saturne, le temple de Janus, la basilique Émilienne, enfin le temple d'Antonin et de Faustine, qui déjà se trouvait en dehors du Forum. Au milieu de la place était placée la tribune aux harangues, ornée de trophées rostraux, en honneur des victoires maritimes remportées par les Romains sur les Antiates.
La prison Mamertine fut construite par Ancus Martius, quatrième roi de Rome, et creusée dans le roc. Les coupables y étaient descendus par un trou qui existe encore. Une seconde prison, en dessous de celle-ci, fut creusée sous le règne de Servius Tullius, sixième roi de Rome, et particulièrement destinée aux exécutions. On laissait cependant ordinairement aux condamnés le choix de leur mort. Leur corps était ensuite exposé sur l'escalier extérieur conduisant à la prison et appelé les Gémonies. Ce nom vient des gémissements de ceux qui le montaient pour entrer dans une prison où probablement ils devaient trouver la mort. Quand les criminels avaient été l'objet de la haine du peuple, leurs corps étaient abandonnés à sa fureur, et, après avoir été mis en lambeaux, ils étaient précipités dans le Tibre. Dans le cas contraire, ils recevaient la sépulture par les soins de leur famille. Saint Pierre fut détenu dans cette prison et s'en échappa.
Au-dessus de la prison Mamertine, on a bâti une église sous l'invocation de saint Joseph. Elle appartient à la corporation des menuisiers.
Le lieu où étaient placées les archives du Sénat est immédiatement après; il est devenu une église sous le nom de Sainte-Martine. Vient ensuite le temple de Saturne, où était déposé le trésor de la république, qui se composait de la dîme levée sur les dépouilles des peuples vaincus et réduite en lingots d'or. Jules César s'en empara frauduleusement pendant la guerre civile, et fit substituer des morceaux de bois dorés aux lingots qu'il avait fait enlever. Le temple de Saturne est devenu l'église de Saint-Adrien.
À côté était le temple de Janus, toujours ouvert pendant la guerre et fermé seulement deux fois: la première sous Numa, et la seconde sous Auguste. Il n'en reste pas vestige. La basilique Émilienne, construite par Paul-Émile, monument remarquable et par les colonnes en marbre violet de Phrygie qui la décoraient et parce que ce fut la première fois que des matériaux de cette richesse furent employés dans la construction des monuments de Rome, était placée à côté du temple de Janus. Il y avait des portes de bronze qui ont été transportées à Saint-Jean-de-Latran. Cet édifice est aujourd'hui un magasin de blé. Le temple d'Antonin et Faustine, dont il reste encore de beaux vestiges, vient ensuite. Sur ses débris est bâtie l'église de Saint-Laurent-in-Miranda.
En continuant, on trouve le temple de Romulus et Rémus, aujourd'hui église de Saint-Côme-et-Saint-Damien; c'était une rotonde. L'extérieur, décoré par un portique, existe encore en partie; il s'y trouve aussi de belles portes de bronze. Caracalla fit réparer ce temple. Le pavé représentait le plan de Rome arrivée à son plus grand développement. Dans le moyen âge, on y ajouta des constructions nouvelles. On fit une nef qui donna à cet édifice l'étendue nécessaire pour devenir une église. Des mosaïques du douzième siècle décorent le cul-de-lampe. À peu de distance de là sont deux colonnes unies par un fronton, qui appartenaient à la basilique Opimia.
En continuant notre marche, nous arrivâmes devant d'immenses ruines, en face du mont Palatin, qui servaient d'abord d'entrée au palais de Néron. Plus tard, cette partie du palais ayant été détachée, des constructions nouvelles en retournèrent la façade, et ce bâtiment devint le temple de la Paix. Son élévation, sa hardiesse, ses dimensions, en font quelque chose de remarquable.
Nous arrivâmes enfin à un lieu où Adrien avait fait construire sur ses propres plans un double temple, dont l'un était adossé à l'autre, élevés, l'un à Rome, l'autre à Vénus. La critique de leur plan coûta, dit-on, la vie à Apollodore, architecte célèbre de Trajan; et l'amour-propre d'Adrien, blessé comme architecte, éveilla la cruauté de l'empereur. Au-dessous de ces temples, auprès du Colisée, était un immense colosse de Néron et une fontaine; puis, sur la voie Appia, un arc de triomphe existant encore, d'abord élevé à Trajan, et ensuite dédié à Constantin, dont il porte le nom aujourd'hui.