En arrière, et à moitié chemin du Forum, est l'arc de triomphe de Titus. En retournant jusqu'au Forum, on trouve la colonne bâtie d'où l'on comptait les distances sur les diverses voies romaines, et aussi une colonne isolée, élevée à l'empereur Phocas par un gouverneur de Rome. Elle est d'un bon style et vient d'un ancien monument.

Nous rentrâmes en ville, et nous fûmes à la Douane. Douze colonnes du plus beau style sont les restes d'un temple élevé à Marc-Aurèle, faisant partie du forum construit par ce prince et s'étendant jusqu'à la colonne dite Antonine, qui y était comprise. Enfin nous terminâmes par le tombeau d'Auguste. Son massif est assez considérable pour servir de base à un amphithéâtre construit à sa partie supérieure. Une double enveloppe circulaire renfermait des places pour recevoir les tombeaux de sa famille. Ses cendres étaient déposées dans une chambre sépulcrale placée au milieu. Ce monument fut bâti au milieu du champ de Mars: ainsi on continua après sa mort la politique suivie pendant sa vie, qui consistait à gêner les réunions du peuple, en occupant par des édifices les espaces vides où il pouvait se rassembler.

DES RÉVOLUTIONS, ET DES CIRCONSTANCES QUI LES AMÈNENT.

J'ai vécu dans un temps où la société a été si bouleversée et j'ai si souvent entendu expliquer les révolutions qui se sont succédé d'une manière tout à fait opposée, j'ai si fréquemment entendu appeler révolutionnaires des gens qui étaient amis de l'ordre, de bons citoyens devenus, les premiers, victimes des changements auxquels ils avaient pris part, que j'ai cherché à me rendre compte de ce qu'il y avait de fondé dans ces accusations, et des causes de ces changements brusques dans l'état social, changements dont le nom générique est le mot: révolution.

J'ai dit des changements brusques et violents; car il est dans la nature des sociétés de changer. Elles ne sont pas plus exemptes de l'action du temps que les individus. Lorsque le changement a lieu d'une manière imperceptible, à mesure des besoins, et quand les secousses sociales sont évitées, l'État semble être toujours le même, quoique les circonstances qui constituent sa force et son organisation soient toutes différentes.

Quand le pouvoir légal et reconnu se trouve entre les mains de ceux qui possèdent la force, l'État est dans l'ordre naturel; chaque chose est à sa place; chacun est dans la jouissance des droits résultant de la nature des choses. Quand il en est autrement, il y a malaise, inquiétude, besoin de changement; et, si la haute sagesse du législateur n'intervient pas pour rétablir l'harmonie, le repos est toujours précaire, et au moindre obstacle, à la moindre difficulté, tout prend avec violence une nouvelle forme.

La force existe par elle-même; mais elle se place dans la société différemment, suivant les temps et les époques. Deux choses la constituent et en sont le principe: les richesses et les lumières. Ceux qui en sont dépositaires doivent être forcément les maîtres de la société, et, si leur pouvoir est contesté un moment, ils finissent bientôt par le recouvrer.

Une puissance morale agit aussi sur notre esprit, parle à notre imagination et joue un grand rôle dans nos destinées; je veux parler de l'éclat de la gloire et des souvenirs qu'elle laisse. Cette puissance s'attache aux individus et aux races; mais, pour qu'elle se maintienne dans les descendants, il faut que ceux-ci en soient dignes; sans cela les souvenirs, au lieu de les grandir, les écrasent.

Dans le moyen âge, en Europe, la noblesse et le clergé possédaient tout. Le clergé, en outre, seul était instruit. Dans les cloîtres s'étaient réfugiées la science et les lumières. Le peuple était pauvre et ignorant. Toute la puissance de la société, tout son nerf, était donc entre les mains de la noblesse et du clergé; et, à juste titre, les droits y étaient aussi.

Quand les villes se formèrent, quand la marche du temps développa l'industrie, il se créa de nouveaux intérêts et de nouveaux éléments de puissance. Le tiers état, en se constituant, dut entrer en partage de la puissance publique. La force se répartit alors en trois classes, au lieu de l'être dans deux. De là les priviléges des villes, le système municipal et les moyens de police, de sûreté et de défense que prirent pour elles-mêmes toutes les agrégations, obligées de pourvoir à tous les besoins que l'état de la société leur faisait éprouver. Leur influence dans les destinées des États se fit sentir et elle augmenta à mesure que les causes qui l'avaient fait naître devinrent plus puissantes, à mesure que l'influence du clergé, par l'affaiblissement des croyances religieuses, allait diminuant, et l'influence de la noblesse, par son appauvrissement, son manque de talents et de gloire, s'éteignait chaque jour.