CHAPITRE II.

INSURRECTION DE LA 32e DIVISION MILITAIRE; ÉVACUATION DE HAMBOURG.—LE
GÉNÉRAL VANDAMME ET LE PRINCE D'ECHMUHL ARRIVENT À BRÊME.—AFFAIRES
D'AVANT-POSTES.—PRISE DE HAMBOURG.—NÉGOCIATIONS AVEC LE DANEMARCK.

Dès l'année 1810, Napoléon avait réuni à l'Empire le territoire des villes anséatiques, sous le nom de 32e division militaire. Cette mesure était nécessaire pour compléter le blocus continental; mais elle indigna tous les habitants. Leur fierté en fut blessée. Le blocus continental et la confiscation des marchandises anglaises ruinaient le commerce. Nulle part le joug de Napoléon n'était plus odieux, et sa puissance colossale ôtait l'espoir de jamais s'y soustraire.

Les désastres de 1812, si rapides et si imprévus, parurent un miracle de la Providence en leur faveur. La renommée les exagéra; les nouvelles les plus absurdes furent accueillies par ceux dont elles comblaient les espérances; l'armée était détruite; l'Empereur s'était sauvé seul, déguisé en paysan; la Prusse et l'Autriche se joignaient à la Russie; l'Allemagne entière se soulevait.

Ces récits causèrent une fermentation générale. Ce n'était rien encore tant que l'ennemi ne paraissait pas, et la position de l'armée sur l'Elbe devait mettre Hambourg à l'abri de ce danger; mais, au lieu de protéger ce point si important, le vice-roi dégarnit entièrement le Bas-Elbe et plaça ses troupes entre Dresde et Magdebourg. Quels qu'aient pu être ses motifs, le résultat en devint bien funeste. Le général Tettenborn marcha sur Hambourg par la rive droite de l'Elbe, en chassant devant lui le général Morand; qui occupait la Poméranie suédoise. Le corps de Tettenborn se recruta bientôt de paysans insurgés, de Mecklembourgeois et de quelques Prussiens, qui n'attendirent pas la déclaration de guerre de leur roi. En même temps, les Anglais débarquèrent à l'embouchure de l'Elbe et du Veser, s'emparèrent des forts et des batteries de Bremerlehe et de Blexen; et firent soulever le pays. L'insurrection devint générale et éclata jusqu'au milieu de Hambourg, où commandait le général Carra-Saint-Cyr; elle fut réprimée, et les chefs la payèrent de leurs têtes. L'irritation s'en accrut, et le général Carra-Saint-Cyr, entouré de dangers, ne crut pas pouvoir conserver Hambourg. On le lui a reproché; mais il n'avait que 1,000 hommes, presque point d'artillerie, rien de préparé pour la défense. Tout avait été envoyé à la Grande Armée. Et qui aurait pu prévoir, au mois d'octobre, quand l'Empereur était maître de Moscou, qu'il faudrait, au mois de février suivant, combattre sur l'Elbe et le Veser! Carra-Saint-Cyr abandonna donc Hambourg, le 12 mars 1813; Morand passa l'Elbe à Zollenspicker et le joignit à Altenbourg. Il s'arrêta à Lunebourg, et Carra-Saint-Cyr à Brème. À peine tous les deux avaient-ils pu réunir 2,000 hommes.

Tottenborn entra à Hambourg, et l'on peut juger de sa réception. On vit des femmes embrasser les chevaux des Cosaques et les Cosaques eux-mêmes, ce qui était bien aussi extraordinaire. On se disputait l'honneur de loger les officiers et jusqu'aux soldats. L'ancien gouvernement fut rétabli, le port ouvert aux marchandises anglaises; les habitants donnèrent tout ce qu'ils possédaient pour subvenir aux frais de la guerre: une légion anséatique fut formée, et les jeunes gens s'y enrôlèrent tous.

Le général Carra-Saint-Cyr, retiré à Brème, essaya de prendre sa revanche. Une colonne, qu'il envoya entre l'Elbe et le Veser, chassa les Anglais de Blexen; plus de deux cents paysans armés y perdirent la vie; mais, en même temps, le général Morand fut enveloppé à Lunebourg par les généraux Dornberg et Berkendorf, et fait prisonnier avec toutes ses troupes.

Il est facile à 4,000 hommes d'en détruire 1,000; mais, pour nous, la perte était considérable, et l'effet moral plus fâcheux encore. Nos troupes furent intimidées, la confiance des ennemis et des insurgés s'en augmenta. Déjà cette guerre prenait de la part des alliés le caractère d'une guerre de principes.

Les habitants de Hanovre avaient pris les armes; on préparait contre eux des mesures sévères. Le général Dornberg écrivit aux généraux français que les Hanovriens n'avaient fait qu'obéir aux ordres de l'empereur de Russie, en s'armant pour leur légitime souverain le roi d'Angleterre, et que les prisonniers français répondraient de la manière dont nous les traiterions. La Russie avait oublié un peu vite le traité d'Erfurth, par lequel elle avait reconnu le roi de Westphalie comme souverain du Hanovre.

Cet échec rendait notre position à Brême aussi critique qu'elle l'avait été à Hambourg, et peu s'en fallut qu'on ne fût obligé de l'abandonner. Ce parti eût été plus déplorable encore; l'insurrection aurait gagné le Hanovre, la Westphalie tout entière; la ligne de communication de la Grande Armée avec le Rhin allait être coupée. Les conséquences de cet acte de faiblesse étaient incalculables. Un autre général vint à propos en empêcher l'exécution.