Le prince d'Eckmühl profita du repos de l'armistice pour rétablir l'administration dans le pays. On retrouvait toujours en lui l'esprit d'ordre et la rigueur qui faisaient son caractère. Ainsi on défendit de rien exiger des hôtes; mais les soldats recevaient au compte du pays des rations de toute nature et les officiers des frais de table, savoir: pour les généraux de division, 1,500 fr. par mois; pour les généraux de brigade, 800 fr., et ainsi de suite. Ces indemnités étaient payables tous les cinq jours et d'avance. De plus, on imposa d'énormes contributions de guerre et l'on prit des otages qui furent enfermés dans la citadelle de Harbourg. Heureusement, ces mesures ne furent exécutées à Lubeck qu'après notre départ.

L'Empereur, établi à Dresde pendant l'armistice, termina l'organisation de la Grande Armée. Les régiments se complétèrent par la réunion de leurs bataillons détachés. Le prince d'Eckmühl resta à Hambourg. Son corps d'armée, qui prit le n° 13, se composa d'environ 20,000 hommes, sans compter la division danoise. On donna au général Vandamme le commandement du 1er corps de la Grande Armée. Je ne me souciais nullement de rester à Hambourg, parce que le 13e corps, placé hors ligne, devait jouer un rôle moins important que les autres. Ma place naturelle eût été au 5e corps, pour lequel j'avais été d'abord destiné; je préférai rester sous les ordres du général Vandamme. Je connaissais sa manière de servir, j'avais à m'en louer, son ambition me répondait que les occasions de se distinguer ne manqueraient pas avec lui. Je lui demandai donc de me garder au 1er corps; il voulut bien me dire qu'il y avait déjà pensé, et me remit ma commission. Je retournai à Hambourg, d'où je fus chargé de conduire à Magdebourg une colonne composée de huit bataillons de différents régiments qui devaient être répartis entre les corps de la Grande Armée. J'arrivai à Magdebourg le 8 juillet.

Ainsi se termina la première partie de la campagne qui eut pour but et pour résultat la reprise de Hambourg; elle fit grand honneur au général Vandamme. Il en fut récompensé par le bulletin dans lequel l'Empereur attribue à sa vigueur la prise de Hambourg. Je fus charmé d'avoir débuté dans ma carrière de général par une guerre de cette nature.

Rien de plus utile que d'être souvent détaché et obligé d'agir par soi-même. J'en ai plus appris pendant ces trois mois de campagne que pendant tout le reste de la guerre.

Le général Vandamme voulut bien écrire au duc de Feltre, mon beau-père, pour lui témoigner sa satisfaction de ma manière de servir.

DEUXIÈME PARTIE.

CHAPITRE PREMIER.
COMPOSITION DU PREMIER CORPS.—CANTONNEMENTS PENDANT L'ARMISTICE.—DÉCLARATION DE GUERRE.

J'étais arrivé à Magdebourg le 8 juillet 1813, et je n'y passai que quelques heures. Un ordre du général Vandamme me prescrivit de me rendre précipitamment à Dessau; l'Empereur allait passer la revue du 1er corps qui s'y trouvait réuni.

Cette revue eut lieu le 11 juillet. Je ne connaissais pas ma nouvelle brigade, et j'en pris le commandement sur le terrain. Les régiments étaient nombreux et la tenue aussi belle que possible. L'Empereur nous traita fort bien et nous accorda tout ce que nous lui demandions. Sa bienveillance était telle que le général Vandamme me reprocha depuis de n'en avoir point profité pour faire donner la croix à mon aide de camp Chabrand. Je n'aurais jamais osé faire une pareille demande pour un officier qui sortait de Saint-Cyr, et qui n'avait d'autre titre à cette faveur qu'une campagne de quelques mois et une légère blessure. Quant à moi, je n'étais encore que légionnaire. Le prince de Neufchâtel voulut bien le remarquer, et, dès le lendemain, il fit signer par l'Empereur, à Magdebourg, une nomination d'officier de la Légion. L'oubli d'une si petite affaire, au milieu de celles dont il était accablé, eût été pardonnable. J'aime à ajouter dans ma reconnaissance cette dernière marque d'intérêt à toutes celles que j'ai reçues de lui.