On avait employé de part et d'autre le temps de l'armistice à se préparer à la guerre, à compléter, organiser, instruire les troupes. La Grande Armée française se composait de quatorze corps d'infanterie et quatre de cavalerie, ayant pour réserve la garde impériale[60]: environ 300,000 combattants.

L'armée coalisée se divisait en armée du Nord, armée de Silésie et armée de Bohême[61]. Avant l'accession de l'Autriche, elle réunissait environ 360,000 combattants.

Voici notre position à la fin de l'armistice: le 12e corps à Dahme, menaçant Berlin; le 3e corps de cavalerie à Leipzick; Napoléon à Dresde avec la garde; le 1er corps en route pour s'y rendre; le 14e à Pirna gardait la frontière de Bohême et la rive gauche de l'Elbe; enfin, le reste de la Grande Armée occupait la Silésie, et principalement les bords de la Katzbach, savoir: les 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 7e et 11e corps—1er, 2e et 4e de cavalerie. L'armée coalisée nous faisait face dans ces différentes positions. Le prince royal de Suède, avec 90,000 hommes, défendait Berlin; la grande armée russe et prussienne se concentrait en Silésie; les souverains alliés résidaient à Reichenbach.

On voit que la ligne d'opérations de l'armée française s'étendait de Dresde à l'Oder par Liegnitz. Les forteresses de l'Elbe et de l'Oder couvraient les deux ailes de cette ligne, et la neutralité de l'Autriche empêchait de la tourner par la Bohême. Dresde était le centre des opérations; les ponts de Meissen, au nord de cette ville, et de Kœnigstein, à quelques lieues au sud, nous permettaient de manœuvrer sur les deux rives de l'Elbe. Ainsi l'armée alliée de Silésie était coupée de l'armée du Nord, qui défendait Berlin. Pour se réunir à celle-ci, elle aurait été obligée de battre l'armée française sur les rives de la Katzbach et du Bober, ou bien de passer l'Oder et de faire un long détour par Kalitz et Posen. Napoléon n'avait rien négligé pour fortifier sa position, pour établir convenablement les magasins et les hôpitaux, et pour lier par des routes praticables les lignes ainsi que les ouvrages.

Tels étaient nos avantages au moment de la reprise des hostilités; mais l'accession de l'Autriche à la coalition y apporta de grands changements. Les forces des deux armées auparavant étaient presque égales, et maintenant l'Autriche mettait dans la balance un poids de 130,000 hommes. Dresde pouvait être attaquée par la Bohême, et cependant Napoléon résolut de conserver sa position. Il était important de maintenir la guerre au centre de l'Allemagne. Plus les forces de l'ennemi étaient redoutables, plus il fallait les éloigner de nos frontières. D'ailleurs, notre présence en Saxe empêchait les princes de la confédération du Rhin de se joindre à la coalition, et l'on peut comprendre que leur fidélité envers nous était déjà fort ébranlée.

En présence d'un ennemi si formidable, Napoléon s'appliqua d'abord à la défensive. Si l'armée autrichienne de Bohême marchait sur Dresde, elle serait contenue momentanément par les 1er et 14e corps (Vandamme et Gouvion Saint-Cyr), et l'Empereur accourrait à leur secours. Si cette armée autrichienne se portait en Silésie, soit par Zittau, soit par Josephstadt, toute l'armée française se réunirait à Gœrlitz ou à Buntzlau. Dans tous les cas, Dresde était la base du système. Cette ville fut mise en état de se défendre pendant huit jours. Le 14e corps, ainsi que je l'ai dit, en couvrait les approches. Ces dispositions étant prises, l'Empereur ordonna le 13 août au duc de Reggio de marcher sur Berlin.

Le 12e corps qu'il commandait était réuni à Dehme; on espérait qu'il pourrait entrer à Berlin le 24. Le général Girard, sortant de Magdebourg, appuyait son mouvement, et se liait par la gauche avec le maréchal Davout, qui se portait à Schwerin. La prise de Berlin, au début de la campagne, eût été d'un effet moral immense. Par ce moyen, les landwehrs étaient dispersées, Stettin et Custrin débloquées, les Suédois rejetés dans la Poméranie. Ainsi la guerre pouvait être transportée sur la rive droite de l'Oder, et s'approcher de la Vistule. Déjà les Polonais se préparaient à se joindre à nous. Pendant l'attaque de Berlin, Napoléon se chargeait de contenir l'armée autrichienne et russe.

Cependant Blücher avait pris l'offensive en Silésie. On lui a reproché d'avoir occupé le territoire neutre et commencé ses opérations avant les délais fixés par l'armistice. Les maréchaux Ney et Marmont, ainsi que le général Lauriston, se retirèrent le 19 derrière le Bober; mais à l'approche de Napoléon, qui s'était déjà porté en Silésie, Blücher, à son tour, se retira dans le camp retranché de Schweidnitz. Napoléon retourna le 23 à Gœzlitz, d'où il surveillait également Dresde et la Silésie. Avant d'aller plus loin, je dois dire la part que le 1er corps a prise à ces différents mouvements.

Nous partîmes de nos cantonnements de Wittemberg le 13 août, et nous arrivâmes à Dresde le 16, en passant par Düben et Meissen. J'appris dans cette ville la déclaration de guerre de l'Autriche. Le 18, nous entrâmes en Silésie par Stolpen. Le 20, la 1re division occupa Georgenthal, et la 2e Zittau, pour observer les débouchés de la Bohême et être prêts, soit à soutenir l'armée de Silésie, soit à entrer en Bohême, soit enfin à marcher sur Dresde. Les officiers, étaient pleins de zèle; les soldats soumis, disciplinés, et ne demandant qu'à se battre.

Cependant les mouvements de l'armée ennemie indiquaient l'intention de marcher sur Dresde par la rive gauche de l'Elbe. Les corps de Wittgenstein et de Kleist avaient joint l'armée autrichienne en Bohême; les souverains étaient à Prague, et, dès le 20 août, le prince de Schwartzemberg, qui commandait en chef, marcha sur quatre colonnes par Pirna, Altenberg, Dippodiswalde et Freyberg. Cette opération était importante. Par la prise de Dresde, l'armée française se trouvait coupée de ses communications; mais il fallait se hâter, car Napoléon allait sans doute se porter au secours de cette place. Cependant le prince de Schwartzemberg marchait avec lenteur. Voulait-il vraiment attaquer Dresde, ou bien se mettre en communication par la gauche avec le prince royal de Suède, qui défendait Berlin? On l'ignorait encore. Enfin, le 25, l'armée ennemie arriva devant Dresde, et l'on dut s'attendre à être attaqué le lendemain. Napoléon voulait laisser l'initiative aux ennemis, et se porter sur eux en un seul point et en force au moment où ils prendraient l'offensive. Il donna au maréchal Macdonald le commandement de toute l'armée de Silésie; elle se composait de 100,000 hommes (les 3e 5e, 8e et 11e corps). Macdonald devait tenir en échec le général Blücher et l'empêcher de se porter, soit sur Berlin, contre le maréchal Oudinot, soit sur Zittau, pour se lier à l'armée de Bohême: Il suffisait, pour contenir Blücher, que Macdonald occupât la ligne du Bober et la fît retrancher.