Seulement le 7e léger, de la brigade Pouchelon, fut assez maladroitement engagé dans les bois qui conduisent à Gieshübel; le mauvais temps et les grandes eaux d'un torrent arrêtèrent la marche de ce régiment, qui vint reprendre sa place dans nos bivouacs. Il n'y a rien de pire que de fatiguer ainsi les troupes par des attaques partielles et décousues. Pendant ce temps, la 42e division était à Pirna, et la brigade de cavalerie Gobrecht tiraillait en avant sur la route de Dresde. La division Dumonceau, un peu en arrière, occupait le Kohlberg; c'était le jour de la bataille de Dresde.

Voici donc la situation le 28 au matin, lendemain de la bataille: la grande armée ennemie se retirait précipitamment en Bohême; la route de Freyberg, à notre droite, était occupée par le roi de Naples, celle de Peterswalde, à gauche, menacée par le général Vandamme. Toutes les colonnes ennemies suivaient les routes de Marienberg, Dippodiswalde, Altenberg, Furstenwald et Peterswalde. Ces différentes directions conduisaient à Tœplitz, à travers les montagnes. Les chemins étaient affreux; déjà cette retraite ressemblait à une fuite. La présence des souverains augmentait l'inquiétude et la confusion. Tout dépendait de la marche des différents corps de notre armée, qui allaient poursuivre l'ennemi. Le 28, le roi de Naples occupa Freyberg à l'extrême droite, et prit plusieurs convois. Le 2e corps l'appuya. Le 6e suivit la route de Dippodiswalde, s'empara de Keisslich, un peu en arrière de cette ville, et fit 3,000 prisonniers. La jeune garde devait occuper Pirna. Le 14e (et ceci est bien important) marchait sur Dohna et devait se réunir au général Vandamme. «Aussitôt la réunion faite, écrivait l'Empereur, les 1er et 14e corps se porteront à Gieshübel et se formeront sur les hauteurs de Gieshübel et de Hellendorf.» Ce premier jour pourtant, le maréchal Gouvion Saint-Cyr s'arrêta à Maxen, à la hauteur de Dohna.

Dans cette même matinée du 28, le général Vandamme prit position sur le plateau de Pirna, la droite à cette ville, couvrant le pont sur l'Elbe, et la gauche dans la direction de Cotta. Les généraux Corbineau et Philippon occupaient toujours Langenhennersdorf Le général Vandamme écrivait au major général «que l'ennemi était en force à Hellendorf et à Gieshübel; qu'il avait 25,000 hommes devant lui, et que ce nombre s'augmentait à chaque instant.» Il se plaignait: «de manquer de pièces de 12; son parc de réserve était à Dresde avec le général Baltus, commandant l'artillerie. Il n'avait donc point toutes les forces qui lui avaient été désignées.» Peu de temps après, il reçut du major général une lettre qui lui annonçait la bataille de Dresde, la retraite de l'ennemi, les pertes qu'il avait faites, l'ordre donné de le poursuivre dans toutes les directions. La lettre ajoutait que le duc de Trévise allait occuper Pirna, et que le maréchal Gouvion Saint-Cyr, suivant la direction de Donna, viendrait se joindre au 1er corps pour occuper Gieshübel et poursuivre l'ennemi sur la route de Peterswalde. Il n'en fallait pas tant pour enflammer un caractère aussi ardent que celui de Vandamme. Toute l'armée venait de se couvrir de gloire, et lui n'avait rien fait encore! Il venait même d'écrire une lettre, où il se plaignait du peu de moyens mis à sa disposition et du nombre d'ennemis qu'il avait devant lui! Il recevait l'ordre d'agir de concert avec le maréchal Gouvion Saint-Cyr; mais, s'il attendait le maréchal, ce dernier aurait tout l'honneur de la victoire. Il résolut donc de le prévenir et de s'emparer de Gieshübel.

Le général Philippon fut chargé de l'attaque, pendant que le général Corbineau partait également de Langenhennersdorf, en se dirigeant sur Barah. Ce général, qui commandait momentanément la division Philippon et la sienne, voulut faire attaquer Gottleube par ma brigade. Je ne m'en souciai point; les chemins étaient impraticables, et je n'avais nulle envie de recommencer la fausse manœuvre du général Pouchelon de la veille. Sur mes observations, le général Corbineau me réunit à la 1re brigade, pour concourir à l'attaque de Gieshübel. Vers trois heures, nous arrivions à l'entrée du bois de sapins qui conduit à ce village. Le général Vandamme accourut au galop; il était d'une grande animation; il reprocha au général Philippon de perdre son temps. «L'Empereur allait arriver, disait-il; toute l'armée poursuivait l'ennemi; c'était à nous de compléter sa défaite.» À l'instant, il lança la 1re division dans le bois, en dirigeant lui-même l'attaque. Gieshübel fut enlevé par le 7e léger, après une vive résistance. J'envoyai de là le 36e occuper Gottleube. Le général Vandamme alla jusqu'à Hellendorf; on fit plusieurs prisonniers. Les jeunes gens se conduisirent à merveille.

Voici la position des troupes dans la nuit du 28 au 29:

La brigade de Reuss en avant de Hellendorf; les Russes occupant
Peterswalde.

La division Corbineau et la brigade Gobrecht près de Hellendorf.

La première brigade de la 42e division entre Hellendorf et Gottleube, à la droite et hors de la grande route.

La division Philippon à Gieshübel, le 36e occupant Gottleube.

La division Dumonceau à Gieshübel, ayant sa 2e brigade dans la direction de Langenhennersdorf.