La brigade Kreutzer, de la 42e division, avec sa cavalerie vers Gabel, à la droite de Gieshübel.
La brigade Quiot, en arrière, près de Langenhennersdorf.
La batterie de pièces de 12, avec le parc de réserve, partie le matin de Dresde, marcha toute la nuit et rejoignit les troupes à Peterswalde. Le parc de réserve suivait à distance.
Le général Vandamme mandait le soir du 28 au major général qu'il marcherait le lendemain sur Tœplitz, à moins d'ordres contraires. Ce même soir, le major général lui écrivait de se diriger sur Peterswalde avec toutes ses troupes, et de pénétrer en Bohême. «L'ennemi, disait-il, paraît se retirer sur Annaberg (dans la direction d'Egra, ce qui l'éloignait beaucoup de Tœplitz et de Prague). L'Empereur pense que vous pourriez arriver avant l'ennemi sur la communication de Teschen, et prendre ses équipages, ses ambulances et ses bagages.» C'est là le dernier ordre que Vandamme ait reçu.
Dans cette même journée du 28, il était arrivé un événement bien funeste, et qui fut la première cause de tous nos malheurs. L'Empereur s'était porté à Pirna pour y établir son quartier général. Il avait déjeuné comme à l'ordinaire, et il regardait défiler les troupes, lorsqu'il fut saisi de violentes douleurs d'entrailles. On le crut empoisonné. Il retourna à Dresde, soit par suite de son indisposition, soit à cause des mauvaises nouvelles qu'il avait reçues de la Silésie et des environs de Berlin; ce dernier motif ne me semble pas suffisant. Quelque fâcheux que fussent nos revers, quelque avantage qu'offrît la prise de Berlin, le point important était l'armée de Bohême, où se trouvaient les souverains alliés. C'est là que le sort de la guerre devait se décider. Sans doute, Napoléon avait prescrit les mesures nécessaires pour poursuivre l'ennemi dans toutes les directions, et compléter ainsi le succès de la bataille de Dresde; mais il savait par expérience combien en son absence les commandants des différents corps d'armée étaient peu disposés à s'entendre; s'il fût resté à Pirna, il eût pu recevoir plus tôt les rapports, donner les ordres nécessaires, diriger ses lieutenants et les faire obéir. On va voir les déplorables conséquences de son éloignement de l'armée.
Le 29 au matin, Vandamme continua son mouvement avec toutes ses troupes. La brigade de Reuss marchait en tête. On enleva Peterswalde, où l'on prit 800 hommes. La résistance fut plus vive à Hellendorf; l'arrière-garde russe était en position, protégée par son artillerie. Le prince de Reuss fut tué d'un coup de canon. Vandamme, qui ne quittait pas l'avant-garde, reçut son dernier soupir et lui donna des larmes. J'aimais aussi et j'appréciais le prince de Reuss; mais je dois avouer qu'il est mort à propos, car la coalition victorieuse ne lui aurait jamais pardonné sa fidélité à notre cause.
Les Russes continuèrent leur retraite; ils se placèrent en arrière de Priesten, occupant Kulm et Straden. Le général Revest, chef d'état-major, qui remplaçait le général de Reuss, les chassa de deux villages et se porta sur leur position; mais alors la défense devint sérieuse. Il n'y avait plus à reculer; nous étions à deux lieues de Tœplitz. C'est sur ce point qu'aboutissaient tous les chemins venant de Dresde, et par lesquels se dirigeaient les différents corps de l'armée combinée. Déjà l'alarme était répandue dans la ville; les équipages, les non-combattants et toute la suite de l'armée se sauvaient par divers chemins. Il était midi. Ostermann, qui commandait l'arrière-garde ennemie, déclara qu'il s'arrêterait là, et que le moment était venu de vaincre ou de périr. Pour la première fois, la brigade de Reuss fut repoussée. Vandamme, accoutumé à chasser devant lui l'arrière-garde, crut vaincre facilement cette résistance. Il engagea successivement les brigades de la 42e division, à mesure qu'elles arrivaient. Ces attaques décousues n'eurent aucun succès. Le 12e régiment, détaché de notre division pour soutenir la 42e ne réussit pas davantage. La ténacité du général Ostermann avait donné au prince Constantin le temps de lui amener 40 escadrons. La tête de ma brigade arrivait sur le terrain. Le général Philippon m'ordonna d'attaquer avec le 1er bataillon du 17e. Je le conjurai d'attendre au moins le reste de ma brigade. Engager un seul bataillon composé de soldats qui n'avaient point vu le feu, attaquer ainsi un ennemi bien posté et encouragé par le succès de sa résistance, c'était se faire battre de gaieté de cœur. Il ne m'écouta pas; le général en chef l'avait dit, et Philippon n'osait lui faire aucune observation. Ce que j'avais prévu arriva; le 17e ne soutint pas le feu de l'ennemi. Ses quatre bataillons, engagés successivement, se retirèrent en désordre. Le 36e eut le même sort. Je ralliai ma brigade le plus promptement possible, et encore très-près de l'ennemi, qui reprenait l'offensive. Déjà la cavalerie russe, faiblement contenue par la nôtre, se déployait dans la plaine. Vandamme tenta un dernier effort avec le 7e léger, seul régiment de la 1re division qui fût encore intact. Je l'appuyai à droite avec toute ma brigade; mais ce régiment put à peine se déployer; parvenu au bord d'un ravin, il plia sous le feu de la mitraille et de l'infanterie. La cavalerie le chargea. Heureusement il se retira sous l'appui de ma brigade, que je parvins à maintenir. La cavalerie du général Gobrecht favorisa notre retraite, et 24 pièces de canon, établies sur la hauteur entre Kulm et Straden, arrêtèrent l'ennemi.
Le major Duportal du 7e léger fut tué près de moi. Il était capitaine des grenadiers au 59e en 1804, lorsque je m'engageai dans ce régiment. Personne ne m'avait témoigné autant de bienveillance et n'avait plus encouragé mon début dans la carrière.
Le 17e perdit 600 hommes et le 36e 200. La brigade Pouchelon fut au moins aussi maltraitée.
Vandamme, voyant que l'ennemi recevait de nouveaux renforts, ne songea plus qu'à conserver sa position en attendant le reste de ses troupes. Il avait 30 bataillons en face de l'ennemi et 22 en arrière. Dans la soirée et dans la nuit arrivèrent successivement la division Dumonceau, la brigade Quiot, le reste de l'artillerie et le parc de réserve. On bivouaqua sur le terrain.