L'empereur Joseph connut ce malheureux mot...; il alla voir M. de Buffon, et lui dit:—Je viens réclamer, monsieur, l'exemplaire de vos œuvres que mon frère a oublié chez vous!...
Voici un fait curieux sur le voyage de l'empereur Joseph II en France.
Il voulait connaître notre belle patrie, comme on le sait, et même on a dit fort injustement qu'il avait eu tant de jalousie de notre prospérité qu'il en avait conçu de la haine. C'est absurde et faux. D'abord nous n'avions pas alors de prospérité au point de donner de la jalousie. Nous sommes en France comme les femmes qui croient plaire à quarante ans comme à vingt-cinq. Mais cela ne se peut pas. Joseph II, en allant à Lyon, voulut voir un homme très-habile comme publiciste et comme jurisconsulte, M. Prost de Royer; il était à cette époque lieutenant de police de Lyon; c'était un homme estimé du comte Campomanes, l'un des plus honnêtes ministres de l'Espagne, considéré de M. de Vergennes et de lord Chatham, modèle du comte Rantzaw en Danemark, enfin un homme à connaître.
—M. le comte, dit-il à Joseph II, je connais le protocole des cours. Si vous l'exigez, je le suivrai; alors j'attendrai que vous m'interrogiez et ne répondrai que par monosyllabes. Mais vous avez parcouru la France: vous cherchez des hommes, vous n'avez dû rencontrer que des statues; vous cherchez la vérité, et vous n'avez dû trouver que mensonge ou silence. Cette vérité, je suis capable de vous la dire; mais il faut me permettre de parler avec le comte de Falkenstein et non pas avec le fils de Marie-Thérèse, car il n'y a de conversation possible qu'avec un échange de paroles, et le moyen de questionner un empereur?...
—Je viendrai ce soir m'enfermer avec vous, et nous causerons les coudes sur la table, répondit Joseph.
Il y fut, et le lendemain il y retourna...—Pourquoi les Français ne m'aiment-ils pas? demanda-t-il à Royer.
—M. le comte, on n'a pas oublié le moment où Marie-Thérèse, vous tenant dans ses bras, demandait aux Hongrois du secours contre la France.
Joseph II sourit.
—C'était Louis XV et les gens de son cabinet... Tous sont morts!