—Dites...
—Vous avez été élevé par le vieux Bathiani... il détestait la France et les Français... n'avez-vous pas ses sentiments? voilà ce qu'on craint.
—Monsieur, s'écria l'Empereur fort ému, et se levant il parcourut la chambre à grands pas... Monsieur, depuis que nous causons, ne me connaissez-vous pas encore?... Ne voyez-vous donc pas que je voyage pour me dépouiller de ces vieux préjugés dont on m'avait garrotté l'esprit?... Est-ce donc que je ne prends pas assez de peine pour réussir?...
Il était agité, et Prost de Royer vit qu'il était vraiment ému.
—Me permettez-vous encore une objection?
—Parlez.
—Vous avez souvent loué la nation française, mais comment? C'est une nation charmante, avez-vous dit... L'éloge est bien mince dans la bouche du frère de notre reine.—Joseph sourit.
—On voit bien que vous êtes lieutenant de police; oui, j'ai dit cela. Je l'ai dit à Versailles... mais c'est vrai... En parcourant la France, en observant la Cour et la ville, la bourgeoisie et l'armée, l'armée elle-même, la plus vaillante de l'Europe, et la plus brave dans tous les moments, eh bien! je ne vois en elle qu'une aimable nation et rien de plus... Je ne m'en dédis pas, répéta l'Empereur...
—Cependant, reprit-il après avoir fait quelques tours dans la chambre sans parler, j'en excepte la classe ouvrière et quelques-uns de nos amis[123]... Alors la nation est intéressante; je vous autorise à dire mon sentiment à cet égard, ajouta-t-il en souriant.
—Ainsi donc, dit Prost de Royer, il en est de votre antipathie contre nous comme de votre tendresse pour Frédéric, n'est-ce pas?...