Le baron salua avec une politesse achevée; mais M. de Stac......g reprit alors son attitude hautaine, comme désirant humilier son antagoniste et montrer que sa souveraine était une femme qui ne devait faire aucune concession à une autre femme... Mais M. de Stac.....g n'était pas de force à lutter avec le baron de Thugut; il le connut bientôt.

La matinée s'écoula agréablement. Quand le baron voulait, il était un des hommes les plus spirituels qu'on pût rencontrer, et ce jour-là il le voulut avec une volonté déterminée. Poniatowsky était pour ce jeu-là l'homme qu'il lui fallait, parce que, très-spirituel lui-même, il comprenait tout, relevait la balle, la renvoyait, et la conversation ne tarissait jamais. Quant à M. de Stac.....g, il était là comme assistant à un spectacle donné pour lui... et même il y ajoutait, parce qu'il avait de l'humeur, et que rien n'est plus amusant que de voir un visage récalcitrant à la joie au milieu de gens qui ne comprennent pas l'humeur ou le chagrin d'un seul parce que les autres s'amusent. Le matin on joua au billard, on parla littérature, on dîna; et après le dîner le Roi fit une partie de whist, composée de lui, le baron de Thugut, le comte de Stac......g et l'un de ses aides de camp. La partie fut d'abord très-bien, mais la chance tourna, et le Roi, qui avait M. de Thugut pour partenaire, commença à gronder, parce qu'il perdait. M. de Thugut, lui, de son côté, qui avait toujours joué ses cartes avec un extrême soin, commença à se tromper, et conséquemment à faire tromper Poniatowsky.

—Le roi de trèfle, dit le baron en jetant le valet de pique sur la table.

—Mais c'est le valet de pique, baron; qu'est-ce donc que vous faites?

—Je demande humblement pardon à Votre Majesté...

La carte est relevée, le jeu continue... Quelques minutes après, le baron jette une carte de nouveau et dit:

—Le roi de carreau.

—Ah ça! décidément, dit Poniatowsky, vous avez des distractions, mon cher baron, qui me feraient croire que vous êtes amoureux, si nous avions ici de jolies femmes.

C'était encore un valet!

—Je me prosterne aux pieds de Votre Majesté, en lui demandant humblement mon pardon, car je suis plus coupable qu'elle ne le croit; c'est la troisième fois de la journée que j'ai la maladresse de prendre un valet pour un roi.