—Mais songez donc qu'il y a maintenant dix ans!

—Je le sais. Mais vous, madame, qu'en savez-vous?

Je fus heureuse d'entendre cette parole. Je jouissais tant de la beauté et des succès de ma mère! elle était si belle, si bonne, si aimable, si dénuée de toute prétention, qu'en vérité ses enfants en avaient pour elle.

En entendant Fleury lui dire qu'elle était toujours aussi belle, elle fut charmée, et le lui dit avec ce naturel qui la rendait adorable.

—Quoi! vraiment, lui dit-elle, vous me trouvez peu changée?

—Pas du tout... et cependant vous aurez souffert, madame; car quel est l'être qui a survécu à ces temps malheureux... et peut dire: Je n'ai pas souffert?

Ma mère alors lui parla de sa détention; il nous en raconta des détails bien curieux[146]. Fleury était un homme non-seulement de bonne compagnie, mais estimé dans cette même bonne compagnie. Souvent en mesure de se montrer plus ou moins à son avantage, il sortit toujours de ces aventures avec une gloire réelle, et souvent même supérieure à celle qu'aurait pu obtenir un homme du grand monde.

—Comment pouvez-vous vous arranger avec un homme comme celui-là? lui dit ma mère en montrant Dugazon[147].

Fleury mit un doigt sur ses lèvres:

—Silence! je vous le demande en grâce... Si vous saviez comme il est malheureux de sa vie passée... et de quel prix il la rachèterait...!