J'avais vu Dugazon remplir le rôle de l'archevêque de Bragance dans Pinto, et il m'avait frappée, parce que Dugazon était un vrai Figaro. En le sortant de cet emploi de polichinelle-roi, on n'en obtenait pas un grand résultat. Il entendait, savait admirablement son art, l'expliquait à merveille; mais ce qu'il disait, il ne le faisait pas; et hors les comiques, comme dans les Originaux, tous les Pasquins, les valets effrontés de Molière, les Sganarelles, il ne le fallait pas chercher. Son domaine, au reste, était bien assez grand; mais l'ayant vu au théâtre dans un emploi qui n'était pas ordinairement le sien, ma curiosité redoubla lorsque je le vis aussi près de moi. Sa physionomie fine, et madrée même, avait à la ville comme au théâtre un air d'impudence qui indisposait contre lui. Sa vue me rappela comment mademoiselle Contat avait rempli le rôle de la duchesse de Bragance, et j'avais parlé d'elle à ma mère avec enthousiasme.
—Est-elle donc aussi belle? demanda ma mère à Fleury.
—Charmante; et quoiqu'elle ait quarante ans dans ce rôle, elle y fait encore une complète illusion[148].
—Mon Dieu! que je voudrais la voir de près, l'entendre causer! m'écriai-je plus vivement, je crois, que ma mère ne l'aurait voulu; et la voilà qui s'en va!... En effet, mademoiselle Contat sortait du salon.
—Que désirez-vous donc avec tant de chaleur? me demanda madame Lucien qui venait s'asseoir auprès de moi.
—Voir mademoiselle Contat, dit Fleury en souriant.
—Mais la chose n'est pas difficile; elle dîne après-demain ici avec son mari.
—Comment! son mari? s'écria ma mère.
—Oui, sans doute; ne le saviez-vous pas? elle a épousé M. de Parny... le neveu d'Éléonore... Ce mariage s'est fait il y a deux ans.
Lucien, qui survint au même instant, dit à ma mère qu'elle devrait venir dîner le surlendemain au ministère avec moi, puisque j'avais un si grand désir de voir et d'entendre causer mademoiselle Contat.