—Et moi je dis NON! cria d'une voix tonnante le comique furieux, se démenant dans ses habits de Crispin.

Alors une troupe en furie voulut escalader l'orchestre; d'autres voix crièrent alors:

—Eh bien! qu'il le récite seulement... mais il tiendra une chandelle à la main pour faire amende honorable.

—Ni chant, ni paroles, messieurs, dit Dugazon, dont la colère était au comble. Je ne suis pas ici pour vous servir de jouet; que tout ceci finisse, sinon...

Et alors tirant sa longue rapière de Crispin, que par précaution, dans ces temps de troubles, il remplaçait toujours par une excellente lame, il s'adossa à une coulisse solide, et là attendit les assaillants de pied ferme, prêt à tuer le premier qui se serait approché de lui. Lorsqu'ils virent sa contenance déterminée, les jeunes gens hésitèrent; cela donna le temps à l'autorité d'arriver, et Dugazon fut délivré.

—Je vous remercie, dit-il au commissaire de police, mais j'aurais fini cela sans vous.

De tous les mystificateurs de Paris, et alors il y en avait beaucoup, Dugazon était un des meilleurs; mais il n'en faisait pas métier, et on ne l'avait que lorsqu'il le voulait bien... C'était un homme bien spirituel.

Plus tard, il fut mon répétiteur et mon maître de déclamation, ainsi que ce bon Michot; j'étais fort attachée à tous les deux.

Desessarts, ce monstrueux camarade de Dugazon, et si souvent mystifié par lui, eut son oraison funèbre en vers burlesques faite par Dugazon. C'est un morceau très-plaisant; il rappelait l'histoire de l'éléphant dont Desessarts avait été si furieux[157]. Il le regretta pourtant beaucoup; mais son caractère avait un mélange de finesse, de plaisanterie et de bonté. Il lui fallait de la gaîté, du rire, ou bien il serait mort; il était en bonne intelligence (apparente, au moins) avec Dazincourt: ils étaient compatriotes[158] et du même âge.

Talma était l'élève et l'ami de Dugazon.