Elle gagnait tout ce qu'elle voulait, et son sort était heureux. Le souvenir de sa famille la troublait un peu seulement, et bien souvent elle voulait partir pour Lyon.
Les années s'écoulèrent. Un jour, il arriva de grandes choses... C'était la Révolution, c'est-à-dire son commencement, la fédération. Mademoiselle Devienne était au Champ-de-Mars, comme les autres, élégamment habillée, dans une voiture attelée de deux chevaux magnifiques, et elle, toute resplendissante de sa charmante figure et de son élégante richesse.
Un ami de mademoiselle Devienne, qui depuis fut le plus dévoué des miens, la rencontra au milieu du Champ-de-Mars qui courait comme une folle, seule, pour rejoindre sa voiture...
—Qu'avez-vous? où courez-vous? s'écria-t-il en lui prenant le bras.
—Ah! mon ami, mon cher Millin, si vous saviez ce qui m'arrive?...
Et elle riait et pleurait tout ensemble...
—Mon ami, j'ai retrouvé... mon père!... oui, mon père....; il m'a reconnue...; il a reconnu sa pauvre fille dans la belle dame avec des diamants! Ah! c'est beau cela, Millin, n'est-ce pas?...
Millin sourit. Il n'y avait qu'un cœur parfait comme celui de mademoiselle Devienne pour dire une telle parole...
—Oui, il m'a reconnue, disait-elle tout en courant; il est ici avec la garde nationale de Lyon..., et il veut bien loger chez moi!... Il le veut bien!... mon bon père!.... si vous le voyiez avec ses beaux cheveux blancs!...
Cette pauvre Devienne était insensée de joie; elle rentra chez elle, mit la maison sens dessus dessous, et lorsque son père sortit de la revue, il trouva son appartement tout prêt, et sa place à table, vis-à-vis de sa fille, comme étant le maître chez elle... Elle le présenta à tous les princes, les ducs, les marquis, les barons, qui venaient dans sa maison. Il faut que vous connaissiez mon bonheur, disait l'aimable fille.