M. de Balincourt la lui promit avec joie.
Dès le lendemain, le bon abbé Carlier, le brave fossoyeur et le fils pieux se rendirent sur les lieux désignés pour être le dernier asile de madame de Balincourt... Son fils se soutenait à peine... Enfin, on donne le premier coup de bêche... on creuse... le fossoyeur a dit vrai: il y a un cercueil... bientôt il est à découvert... il ne contient que des ossements, mais ils ont une voix pour se faire entendre, ces yeux creux regardent et répondent à Thérèse, la femme de chambre de sa mère et en même temps la bonne de M. de Balincourt, celle qui n'a pas quitté la captive et lui a fermé les yeux; elle a le courage de se pencher sur le squelette[37]...
—Ah! monsieur le marquis, s'écrie-t-elle, c'est bien Madame!... Et la pauvre femme pleurait à sanglots en retirant du doigt annulaire de la main gauche deux débris d'anneaux d'or, dont l'un était l'anneau de mariage de madame de Balincourt... Mais son transport redoubla lorsque, se penchant sur le squelette, elle vit briller quelque chose sur l'une des côtes; c'était le débris d'une petite croix de Malte en or et en nacre que madame de Balincourt portait habituellement au cou... Mais ce qui paraîtra bien étrange, et ce qui est de toute vérité, c'est qu'il restait encore quelques pouces de longueur d'un petit velours noir avec lequel madame de Balincourt attachait cette petite croix... Ce morceau, qui existe toujours dans les mains de M. de Balincourt, est un des phénomènes les plus curieux qu'on connaisse, je pense, car voilà déjà plusieurs années que ce velours a été retrouvé et mis à l'air, et que son action ne l'a pas altéré...
En revoyant cette croix que ses souvenirs d'enfant lui rappelaient, M. de Balincourt tressaillit, en reculant néanmoins devant le squelette de sa mère gisant à ses pieds... Il fit une prière devant ces restes sacrés, et courut tout ordonner pour qu'un service eût lieu le lendemain.
Ce service fut magnifique. Toute la ville de Sens s'y trouva, non-seulement sur l'invitation de M. de Balincourt, mais du propre mouvement de ceux qui avaient connu madame de Balincourt, et qui venaient lui rendre un dernier hommage. Tous les officiers en demi-solde s'y trouvèrent... Lorsque tout fut terminé, M. de Balincourt prit la somme convenue et s'achemina vers la demeure du monsieur qui lui avait cédé les ossements de sa mère:
—Je viens m'acquitter, monsieur, lui dit-il en entrant: et il posa le sac sur une table.
—Mais, monsieur, je ne crois pas!... il me semble que... enfin je ne puis.
—Quoi! dit M. de Balincourt surpris et fâché, et croyant que cet homme voulait une somme au delà de celle stipulée... n'êtes-vous pas content? la chose n'est pas bien, mais je vais ajouter ce que vous allez me dire.
—Ah! monsieur, s'écria le vendeur, bien au contraire! je trouve que je ne devais pas faire ce marché, qui est inique, en vérité, et que je vous prie de ne pas effectuer. Laissons cela, et n'en parlons plus.
M. de Balincourt eut un mouvement de joie pour cet homme lui-même.