Elle fut condamnée à mort!... à vingt-cinq ans, et belle et bonne comme un ange!...
Elle écrivit au tribunal qu'elle était enceinte... on lui donna un sursis... Alors elle écrivit à Barrère:
«J'ai trompé le tribunal; je ne suis pas enceinte. Je vous le dis à vous, pour que vous preniez les mesures nécessaires pour me faire sauver; car, dans un ou deux mois, on verra la fraude, et je serai perdue....», etc.
La lettre, on ne sait comment, ou plutôt on le devine, fut remise au tribunal révolutionnaire, et la malheureuse princesse Lubormiska périt sur l'échafaud, peu de jours avant Robespierre.
Elle n'était pas seule en France; elle avait avec elle une petite fille de cinq ans, belle comme sa mère, et qui demeurait orpheline par cette mort prématurée. Le jour où périt l'infortunée, elle recommanda sa fille à ses compagnes de captivité; mais celles-là devaient bientôt subir le même sort... Les amies de la princesse moururent presque toutes, et la pauvre petite Rosalie demeura enfin confiée aux soins de madame Berthot, blanchisseuse de la prison. Cette femme avait cinq enfants:—Eh bien! dit-elle à son mari, Dieu nous en envoie un sixième... Adoptons l'orpheline.
Ces bonnes gens prirent en effet la petite avec eux. Ils ne savaient seulement pas de quel pays elle était; et la Pologne ou la terre des Patagons, c'était la même chose pour eux.
Rosalie Lubormiska était un ange de bonté et de beauté comme sa mère; elle aida sa bienfaitrice pour reconnaître ses bons soins, et grandit à côté d'elle, tandis que la France était toujours agitée par la tourmente révolutionnaire.
Le 9 thermidor arriva; mais les mois qui suivirent furent encore assez orageux pour que les nouvelles ne parvinssent pas facilement, et ce ne fut que vers 1796 que le comte Rczewousky, frère de la princesse Lubormiska, apprit sa mort.
Il adorait sa sœur... En apprenant cette nouvelle terrible, il fut accablé; mais sa seconde pensée fut pour le trésor qu'elle avait dû laisser. Qu'était devenue cette enfant? Le comte partit aussitôt pour la France, et arriva à Paris trois ans après la mort de sa sœur.
Pendant plus de six mois les journaux retentirent de la récompense promise à ceux qui ramèneraient Rosalie, princesse Lubormiska, à son oncle le comte Rczewousky, hôtel et rue Grange-Batelière, à Paris...