Il avait deviné les Judas.

Mais Barras n'en avait pas fini avec ses toasts. Il se leva encore et dit:

—À tous les magistrats républicains!

Cette fois le Conservatoire fut encore dans le secret de la chose; il joua une marche d'un caractère grave.

Après ce toast, Barras, qui probablement avait formé le projet de mettre tous les convives en belle humeur, porta un nouveau toast:

—Aux armées triomphantes! aux généraux qui les ont conduites à la victoire!

Oh! pour le coup, ce fut comme un éclair électrique, en même temps qu'un murmure d'applaudissements répondit au toast. Le Conservatoire joua le pas de charge. À un septième toast porté par le président du Directoire, le Conservatoire répondit encore admirablement; Barras ayant dit:

—Au serment du Jeu de Paume! au 14 juillet! au 10 août! au 9 thermidor! au 13 vendémiaire! AU 18 FRUCTIDOR!

Le Conservatoire, soit hasard, soit malice, joua à la mesure du pas redoublé l'air: Ça ira, ça ira.

Le fait est que le hasard seul a conduit la chose; elle est au moins extraordinaire.