Barras, qui aimait à représenter, et que Bonaparte éclipsait ce jour-là, s'était sauvé dans les toasts et sur la table du dîner. À chaque santé portée, trois coups de canon étaient tirés, et comme ils étaient placés DANS LE JARDIN MÊME du Luxembourg, le bruit n'en était pas perdu... Au dernier toast, une décharge d'artillerie compléta ce grand bruit pour peu de chose.
Ginguené fit des vers pour ce jour-là, Chénier en fit, Lebrun en fit aussi que voici:
Héros cher à la paix, aux arts, à la victoire,
Il conquit en deux ans mille siècles de gloire[92].
Ces deux ans dont parle Lebrun me rappellent ce que je voulais rapporter relativement au drapeau que le général Bonaparte avait offert au Directoire. Ce drapeau, couvert des noms de tous les combats livrés par l'armée, avait donc été donné à l'armée d'Italie par le Corps-Législatif, et il portait sur l'une des faces:
«À l'armée d'Italie la patrie reconnaissante[93]!»
Et Bonaparte, et cette armée d'Italie, reconnaissants à leur tour de cette preuve d'affection de la patrie, y répondirent par la victoire et des chants de gloire à rendre pour toujours la France fière d'elle... On avait écrit:
«Cent cinquante mille prisonniers, cent soixante-dix drapeaux, cinq cent cinquante pièces de siége, six cents pièces de campagne, cinq équipages de ponts, neuf vaisseaux de ligne de soixante-quatre canons[94], douze frégates de trente-deux, douze corvettes, dix-huit galères.»
Et puis après les conquêtes on lisait:
«Armistice avec le roi de Sardaigne, armistice avec le duc de Parme, convention avec Gênes, armistice avec le duc de Modène, armistice avec le roi de Naples, armistice avec le Pape, préliminaires de Leoben, convention de Montebello avec Gênes, traité de paix avec l'Empereur à Campo-Formio.»
Quelle belle et glorieuse liste! Que d'honorables marques d'un cœur touché et reconnaissant de la confiance de la patrie!...