—Ce que tu voudras...
—Comment! ce que je voudrai!... Et elle se mit à pleurer.
—Annonciata[149] est grande duchesse!... et elle est ma cadette!... pourquoi donc ne suis-je pas autant qu'elle, au moins?... elle a des états... elle a des ministres!...—Napoléon, lui dit enfin la princesse, je vous préviens que je vous arrache les yeux si je ne suis pas mieux traitée. Et mon pauvre Camille! pourquoi ne rien faire pour lui?
—C'est un imbécile.
—C'est vrai... mais qu'est-ce que ça fait?...
L'Empereur leva les épaules... la princesse pleurait à sanglots... L'Empereur l'aimait, et au fond elle n'était pas méchante... et puis elle était si câline!... si habile à émouvoir!... si belle en pleurant!...
Le résultat de cette attaque fut qu'on donna le pauvre peuple piémontais à gouverner au prince Camille.
Lorsque les autres sœurs virent que les larmes et les scènes avaient du succès, l'Empereur n'en manqua pas, et n'eut plus un moment de repos. La grande-duchesse de Berg voulut la couronne royale, et même un beau royaume, et la princesse Élisa un empire. Tout allait par hiérarchie selon elles, et pas un droit n'était oublié... L'Empereur écouta longtemps en silence, se contentant de ne pas répondre; mais la princesse Élisa n'était pas belle en pleurant, et la grande-duchesse de Berg n'était rien moins que douce: aussi l'Empereur finit-il par se fâcher, et ce fut alors qu'un jour il dit, en frappant du pied:
—Pardieu! ces femmes-là sont étranges! on dirait, en vérité, que nous partageons l'héritage du feu roi notre père!...
Lavalette était aussi, et dans tous les temps, un habitué de ma maison; il était fort aimable et racontait à ravir. Ce fut lui qui, en sortant de chez l'Empereur, nous rapporta ce mot qu'il avait entendu...