—Mais je ne serai complètement satisfait que lorsque vous aurez obtenu pour mon fils adoptif la même faveur que pour moi, dit le marquis à son amie.

Et il lui raconta qu'après le désastre de Quiberon, il avait recueilli le fils d'un cousin avec lequel il était intimement lié, et là, sur le champ de bataille même, à son cousin mourant, il avait juré de servir de père à son fils... L'enfant avait entendu le serment, et Dieu l'avait reçu..., car le père avait été martyr pour une cause sainte.

—Quel âge a donc votre fils adoptif? demanda la comtesse.

—Vingt-huit ans.

—Eh quoi! son père l'emmenait aussi jeune pour l'exposer aux chances d'une bataille?

Le marquis sourit avec une expression presque triste:—Vous ne connaissez pas Henri, répondit-il.... vous ne savez pas quelle âme ardente il y a dans cet être que moi-même je ne connais pas encore, bien que je sois cependant ce qu'il aime le plus au monde après son pays..., car la France est pour lui la mère qu'il a perdue... C'est donc lui qui a voulu suivre son père lorsque le duc de C*** vint chercher la mort à Quiberon... Si vous voulez que ma joie soit entière, obtenez que Henri soit rappelé comme moi.

La comtesse revit Fouché; elle pressa de nouveau, et la grâce du jeune homme fut ajoutée à celle de son père adoptif...

La nouvelle lui en fut aussitôt transmise, et peu de jours après il était à Paris.

Henri de C*** ne se fit pas d'abord présenter chez la comtesse...; elle en fut surprise, et ne put s'empêcher d'en faire un reproche au marquis de R***.

—Que voulez-vous? lui dit son ami; j'ai assez vu votre nièce pour être convaincu que lui plaire est une entreprise dans laquelle il est fort difficile de réussir... Elle est jolie, riche; mon fils adoptif n'a qu'une fortune médiocre; elle pourrait croire qu'il vient ici pour se faire aimer d'elle. Henri n'a aucune prétention; mais il est si beau... si remarquable, qu'il pourrait certes bien en avoir, et...