Tout à coup le temps, qui avait été beau depuis le matin, se couvrit, et le vent recommença à souffler avec violence. Amélie descendit rapidement et courut à Henri, qui paraissait toujours sérieusement occupé avec les deux hommes qui l'avaient reçu à sa descente de la barque... Le temps paraissait surtout les occuper:
—Mon ami, je t'assure que je n'aurai pas peur, dit Amélie, se penchant sur son mari.
Il se retourna vivement, et lui saisissant la main:
—Quoi donc! s'écria-t-il, avez-vous entendu ce que je disais?
Amélie sourit de la véhémence de son mari...
—Moi! dit-elle; je n'ai rien entendu... Eh! que voulais-tu donc que j'entendisse d'ailleurs?...
—Je craignais que tu ne t'effrayasses de ce que ces hommes disaient du temps, dit-il en se reprenant ensuite, comme honteux de sa vivacité.
—Oh! je suis aguerrie maintenant, et je braverais une tempête, je crois!... et puis avec toi, mon Henri, que ne braverais-je pas!
—Viens, lui dit-il, partons, car la tempête va nous surprendre.
Le retour fut heureux, malgré le gros temps; mais vers le soir la tempête se déclara... Henri était dans une violente agitation... rien ne pouvait expliquer son inquiétude. Amélie fut livrée de nouveau à une foule de pensées qui troublaient sa raison... Elle en vint à croire que son mari attendait quelqu'un!... une femme!... et qu'il était inquiet pour sa vie... En effet, rien ne pouvait expliquer pourquoi, malgré la pluie et le vent, Henri allait sur le haut du rocher pour faire allumer des feux et établir une sorte de fanal; cette occupation dura une partie de la soirée... Vers onze heures la tempête s'apaisa; alors seulement Henri rentra dans la chambre de sa femme, qui, pendant son absence, était demeurée en prières et pleurant. En lui voyant cette tristesse, son mari fut presque irrité et le lui témoigna durement.