—Vous êtes bonne autant que belle, dit-elle à la jeune femme.
Cette jeune femme était madame de Custine[27]. Son esprit était charmant comme sa personne; elle connaissait peu madame de Staël, mais elle comprenait tout ce qui était supérieur, et madame de Staël était pour elle un être représentant tout ce que ce siècle devait produire de grand. Lorsque sa pensée s'arrêtait sur ces grandes choses que pouvait produire sa patrie, alors, artiste par le cœur comme elle l'était par l'esprit, on voyait flamboyer son œil toujours si doux et si velouté, sa bouche rosée ne s'ouvrait plus que rarement, et son ensemble était poétique. En voyant la plus belle de nos gloires littéraires recevoir un coup de pied comme une impuissante démonstration de l'inimitié envieuse, elle sentit au cœur une indignation profonde, et sur-le-champ elle alla s'asseoir à côté de madame de Staël.
—Oui, lui répéta celle-ci, vous êtes bonne autant que belle...
—Pourquoi? demanda madame de Custine en rougissant; car sa simplicité habituelle l'éloignait toujours de ce qui faisait effet.
—Pourquoi? répondit vivement madame de Staël... Comment! vous me demandez pourquoi je vous dis que vous êtes bonne? Mais c'est pour être venue auprès de moi, pour avoir traversé cet immense salon au bout duquel je suis venue m'asseoir comme une sotte... Vraiment, vous êtes plus courageuse que moi.
Madame de Custine rougit de nouveau jusqu'au front, et devint comme une rose.
—Et cependant, dit-elle d'une voix dont le timbre ressemblait à une cloche d'argent, cependant je suis d'une telle timidité, que je ne saurais vous en raconter des effets, car vous vous moqueriez de moi.
—Me moquer de vous! dit madame de Staël, d'une voix attendrie et en lui pressant la main... ah! jamais! À compter de ce jour, vous avez une sœur.
Et ses beaux yeux humides s'arrêtaient avec complaisance sur la ravissante figure de madame de Custine, pour achever de s'instruire dans la connaissance de cette charmante femme... Dans ce moment, madame de Staël avait complètement oublié où elle était, le premier Consul, madame de Montesson, madame Bonaparte et son salut presque froid...
—Comment vous nommez-vous? demanda-t-elle à madame de Custine.