Le 2 décembre, je m'habillai de bonne heure pour me trouver à l'Hôtel-de-Ville, avant celle fixée pour la venue de l'Impératrice. Je trouvai une chambre dans laquelle il y avait un bon feu, ce dont je remerciai Frochot, car le froid était très-vif et le temps sombre. Il y avait du malheur dans l'air! À trois heures, je vis arriver le comte de Ségur, le grand-maître des cérémonies, il était conduit par Frochot, et ne savait pas où celui-ci le menait. Quelque impassible que fût sa physionomie, il était en ce moment visiblement ému, et ce qu'il avait à me dire paraissait lui être pénible. On sait que M. de Ségur avait de l'affection pour l'impératrice Joséphine, qui, elle-même, aimait beaucoup son esprit aimable et ses bonnes manières.

—«Savez-vous ce qui arrive?... me dit-il aussitôt que nous fûmes dans une embrasure de fenêtre, et loin de plusieurs femmes qui étaient dans la pièce où nous nous trouvions. Un malheur des plus grands.

—Qu'est-ce donc? demandai-je à mon tour tout effrayée.

—Je vous apporte l'ordre de l'Empereur de ne pas aller au-devant de l'Impératrice!»

Je demeurai d'abord stupéfaite; puis, revenant à moi, je dis à M. de Ségur, en avançant la main:

—«Voyons cet ordre.

—Mais je n'ai rien d'écrit!.. Comment voulez-vous qu'on écrive pareille chose?

—Et comment voulez-vous, lui dis-je à mon tour, lorsque j'ai une mission officielle de l'Empereur à remplir, comment irai-je m'en exempter sur une simple parole verbale, pour être ensuite chargée de tout ce que pourrait produire et amener une semblable démarche?»

M. de Ségur me regarda un moment sans me répondre, puis il me dit:

—«Je crois que vous avez raison... Je retourne au château; je vais parler au maréchal Duroc.»