«Les larmes de l'Empereur,» dit le prince avec une noble dignité, «suffisent à la gloire de ma mère!...»
Belles paroles, et touchantes dans leur simplicité!...
Je ne parlerai pas de tout ce qui eut lieu alors. Les journaux ont raconté ce qui se fit... Les choses officielles sont généralement connues de tous. Je parlerai seulement de ce qui était plus à portée de ma connaissance que de celle du public.
Le lendemain du jour où le divorce fut publiquement annoncé (c'était, je crois, le 16 ou le 17 décembre), je me disposai à aller à la Malmaison, où l'Impératrice s'était retirée. Je fis demander à une femme de la Cour, que je ne nommerai pas, si elle voulait que je la conduisisse à la Malmaison: elle me répondit qu'elle ne voulait pas y aller. Du moins celle-là n'était pas fausse, si elle était ingrate. Je le fis proposer à une autre, qui refusa à l'appui d'un si pauvre prétexte, qu'il aurait mieux valu pour elle qu'elle fît comme la première. Je réfléchissais sur le peu de générosité et même de respect humain qu'on rencontre dans ce pays de Cour, lorsque je reçus un billet de la comtesse Duchatel.
«Mon mari se sert de mes chevaux,» m'écrivait-elle; «voulez-vous de moi? Je vous demande cela sans m'informer si vous allez à la Malmaison; car je vous connais, et je suis sûre que vous avez le besoin de consoler un cœur souffrant.»
Et moi aussi, j'étais sûre qu'elle irait à la Malmaison.
Je lui répondis avec joie que j'étais reconnaissante qu'elle m'eût choisie pour faire cette course, ou plutôt ce triste pèlerinage avec elle; et que j'irais la prendre à une heure.
Lorsque nous arrivâmes à la Malmaison, nous trouvâmes les avenues remplies de voitures; je fus bien aise de voir cette affluence, et je souffris moins en songeant à l'ingratitude de quelques personnes plus remarquées par leur éloignement, alors que si elles y eussent été... Lorsque nous fûmes entrées dans le château, nous eûmes de la peine, une fois arrivées au billard, à parvenir au salon où se tenait l'Impératrice.
Nous la trouvâmes fort entourée. Jamais la Cour ne fut si grosse chez elle, même aux plus beaux jours de sa faveur. Mais les souvenirs de la Malmaison étaient terribles dans une pareille journée pour la pauvre femme!... car ils étaient heureux!.. Elle paraissait bien comprendre au reste toute la force de cette comparaison d'un bonheur passé avec un malheur présent. Elle était assise près de la cheminée, à droite en entrant, au-dessous du tableau d'Ossian, par Girodet[46]... Sa figure était bouleversée. Elle avait eu la précaution de mettre une immense capote de gros de Naples blanc, qui avançait sur ses yeux, et cachait ses larmes lorsqu'elle pleurait plus abondamment à la vue de quelques personnes qui lui rappelaient ses beaux jours passés. Lorsqu'elle me vit, elle me tendit la main et m'attira à elle.
—«J'ai presque envie de vous embrasser,» me dit-elle... «Vous êtes venue le jour du deuil!...»