—«Qui t'a donné ce portrait, Louise?» dit l'Empereur avec un sentiment de colère qui faisait craindre pour celui ou celle qui aurait excité cette colère?...
L'Impératrice ne répondit rien, mais ses sanglots redoublèrent et elle se jeta dans les bras de l'Empereur en le serrant convulsivement contre elle.
—«Enfant! dit Napoléon ému par l'effusion d'un sentiment qu'il devait alors croire vrai... Enfant! qu'as-tu donc? pourquoi ces larmes? Encore une fois, Louise, qui t'a remis ce portrait?.. je veux le savoir, poursuivit-il en frappant du pied avec colère...»
Marie-Louise fut effrayée; mais elle ne répondit rien.
—«Eh bien!.. tu ne veux pas me le dire?..
—Je n'en sais rien, murmura-t-elle d'une voix tremblante, je l'ai trouvé sur ce canapé comme j'entrais tout-à-l'heure dans cette chambre.
—Et pourquoi pleurais-tu en regardant ce portrait?» Marie-Louise sanglotait encore plus fort et continuait à cacher son visage en pleurs dans la poitrine de Napoléon. Il la serra dans ses bras et lui dit avec amour de ces paroles qui vont au cœur quand elles sont vraies, et Napoléon a été aimant et sincère avec la femme qui a eu la lâcheté de l'abandonner dans son malheur. Enfin, il parvint à la calmer, mais ce fut au bout d'un long temps. L'impératrice Marie-Louise l'aimait alors, je dois le croire au moins.
Quelle sourde manœuvre employait aussi le parti de Navarre! N'est-il pas possible que l'Empereur, en apprenant qu'on mettait en œuvre de semblables moyens, se résolût à éloigner Joséphine pendant la grossesse et les couches de Marie-Louise? Un événement de bien peu d'importance amène souvent des effets terribles dans l'une ou l'autre de ces deux positions. Je crois que la lettre de madame de Rémusat fut le résultat de quelque tentative du genre de celle du portrait. Napoléon ne voulait cependant pas être tyran, même à la façon de croque-mitaine, et il l'engagea seulement à aller à Milan; Joséphine ne comprenait pas les hautes résolutions d'un grand cœur. Lorsqu'elle avait enfin cédé pour écrire cette fameuse lettre au président du Sénat, sans que l'Empereur le sut, elle avait été surtout frappée de l'idée de porter le deuil immédiatement après la lettre partie, et de le porter pendant un an!...
L'Empereur savait tout cela. Une âme tendre et en même temps élevée, une femme digne de son affection, la seule femme qu'il ait aimée enfin, et qui existe toujours à Paris, me présente le type de la femme que j'aurais voulue à l'Empereur. Je ne parle pas ici de la femme qui fut sa maîtresse en Égypte, une nommée Pauline[61], sur laquelle il existe quelques biographies, toutes inconnues, parce que la femme n'est pas un texte à biographie; et une fois qu'on a dit qu'elle avait été la maîtresse de Napoléon on a dit la plus belle page de sa vie; mais on les trouve cependant en les cherchant; je parle d'une femme digne d'être aimée d'un homme comme l'Empereur; et certes il en est peu... Voilà le caractère que j'aurais voulu à la femme qui partageait le premier trône du monde avec lui!
Lorsque le divorce fut public, je parlai sur ce fait comme les autres. On racontait alors que l'Impératrice-Mère avait, en Russie, refusé la main de la Grande-Duchesse. Il paraissait incertain que nous obtinssions la princesse autrichienne... Dans cette sorte d'incertitude peu convenable pour la France, je dis que je ne comprenais pas comment l'Empereur ne prenait pas le parti de choisir dans les familles qui l'entouraient. Le cardinal Maury, qui dînait chez moi, me dit: