—«Mais où donc voulez-vous qu'il prenne une femme?...
—Où je veux qu'il choisisse une femme, monseigneur?... Dans la noblesse ancienne et illustrée, ou bien dans la sienne.»
Le cardinal me regarda attentivement.
—«Oui, je prétends que si demain l'ancienne noblesse voyait une de ses filles sur le trône impérial de France, cette noblesse, affiliée par cette alliance à tout ce que l'armée a fait depuis dix-sept ans... en devient non-seulement complice, mais l'alliée et le soutien. Mademoiselle de Montmorency, ou mademoiselle de Mortemart, ou mademoiselle de Noailles serait toujours heureuse, si elle n'était pas fière, de monter sur le trône de France, lorsque son dais est formé de mille drapeaux conquis dans cent batailles!... Quant à la nouvelle noblesse, elle serait peut-être plus reconnaissante[62] que l'ancienne, et son appui, qui commence à faiblir, serait renouvelé par cette alliance sainte entre le chef et ses phalanges...
—Et quelle est donc la personne que vous faites impératrice parmi les jeunes filles que nous voyons à la cour et dans les fêtes?
—Mademoiselle Masséna[63]?...»
Tout le monde s'écria que j'avais raison!... et qu'en effet elle était une belle et ravissante personne, ayant une dot de gloire bien digne d'approcher de celle de l'Empereur: et certes leurs deux couronnes pouvaient se tresser des mêmes lauriers... Cette pensée m'obséda tellement que j'en parlai à Duroc. Le lendemain le cardinal Maury fut à Saint-Cloud, où était Napoléon.
—«Dites à votre amie, monsieur le cardinal, dit Napoléon en souriant, que je la prie de ne se pas mêler de mes affaires de ménage. Est-il vrai qu'hier elle voulait me marier à la fille de Masséna?
—Oui, sire!
—Et qu'en disiez-vous?»