Le cardinal demeura interdit.
—«Eh bien!... vous ne voulez pas me donner aussi votre avis?
—Je crois, sire, répondit le cardinal, qui, ordinairement, ne demeurait pas longtemps interdit, que l'avis de madame la duchesse d'Abrantès peut avoir du bon, parce qu'elle ne parlait pas seulement de mademoiselle Masséna.
—Ah! ah!... vous vous rappelez l'Assemblée constituante? L'abbé Maury, le soutien du côté droit, est en ce moment à la place du cardinal français de l'Empire!...»
Le cardinal se mit à rire de ce gros rire qui faisait trembler les vitres d'un appartement... Il était toujours charmé quand on le reportait aux jours de l'Assemblée constituante, à ce temps de sa belle éloquence... L'Empereur n'aimait pas extraordinairement le cardinal, et je le conçois. Ses formes étaient trop acerbes et sa voix si retentissante qu'elle semblait toujours imposer silence, même à Dieu, quand il officiait...
Cette dissertation nous a entraînés loin de Navarre.
L'Empereur fut contrarié en apprenant que l'Impératrice, au lieu de gagner Milan par le Simplon, et d'aller demander à son fils et à sa belle-fille des jours heureux et paisibles, s'en revint, comme je l'ai dit, à la Malmaison d'abord, où elle reçut tout Paris, et puis partit pour Navarre, malgré le froid assez rigoureux qu'il faisait. Son retour fit du bruit, beaucoup de bruit même, non-seulement par ce même retour, mais par celui des personnes de sa maison qui, ne pouvant faire du bruit en leur nom, en faisaient au nom de l'Impératrice... Cette qualité, ce nom, amenaient encore des scènes pénibles à l'Empereur. L'Impératrice Joséphine avait la même livrée que l'Empereur, et, conséquemment, que Marie-Louise. À l'époque de ce retour de Genève, il y eut une querelle entre des domestiques subalternes; malgré l'obscurité où leur nom les mettait, cela vint à la connaissance de l'Empereur, et il eut de l'humeur... Il pressa le départ pour Navarre, en écrivant à cet égard spécialement à madame la comtesse d'Arberg, dame d'honneur et comme surintendante de la maison de l'Impératrice, pour lui recommander l'ordre et la régularité dans cette maison de l'Impératrice.
«Songez, écrivait Napoléon, que cette maison est nouvellement instituée. L'Impératrice Joséphine n'avait aucune dette il y a sept mois, donnez à ses affaires, madame, le coup d'œil d'une amie en laquelle elle et moi nous avons toute confiance.»
Mais il s'était élevé entre Joséphine et l'Empereur un mur de glace, et c'était elle-même qui avait élevé cette séparation... Son refus d'aller à Milan auprès de son fils, pour lui rendre la paix que son séjour à Malmaison troublait, ce refus prouva à l'Empereur que Joséphine l'aimait pour elle seule.
Il lui écrivait, au mois de novembre (24) 1810: