Elle avait été belle comme un ange dans sa jeunesse, et sa belle tournure, ses traits si purs, le galbe de son visage, l'expression doucement recueillie de sa physionomie, lui donnaient une beauté de tout âge, que toutes les femmes enviaient.

Sa sœur était cette belle comtesse d'Albany, née comtesse de Stolberg, qui fut tant aimée d'Alfiéri; celle qu'il appela toujours: Nobil donna!

Le secrétaire des commandements de l'Impératrice était un homme fort spirituel, nommé M. Deschamps. Il est connu par plusieurs productions vraiment charmantes; il contribuait, pour sa part, d'une manière agréable aux soirées de Navarre, bien longues et bien tristes surtout en hiver, lorsque le vent sifflait et venait en longues rafales se briser contre les vieux murs du château.

Mais un homme bien aimable, qui vint aussitôt faire sa cour à l'Impératrice, et qui fut toujours soigneux de lui rendre les devoirs quelle devait attendre de lui, c'était l'évêque d'Évreux, l'abbé Bourlier; il était ami de M. de Talleyrand, qui n'accorde son amitié, on le sait, qu'à ceux qui sont dignes de la comprendre et de l'apprécier: l'abbé Bourlier venait très-souvent dîner à Navarre, et puis il faisait la partie de trictrac de l'Impératrice. M. de Chambaudoin, préfet d'Évreux à cette époque, était aussi un homme qui tenait sa place dans le salon de l'Impératrice. J'ai longtemps cherché ce qu'on pouvait dire de M. de Chambaudoin, et je n'ai trouvé que ceci:

«M. de Chambaudoin, préfet du département de l'Eure.»

Ou bien encore:

«M. de Chambaudoin, préfet d'Évreux.»

C'est une variante.

Il y avait aussi fort souvent des visites de Paris. La maréchale Ney, madame de Nansouty, plusieurs personnes qui, sans être attachées à la maison de l'Impératrice, venaient lui faire leur cour. De ce nombre était madame Campan, et puis presque toute la maison de la reine Hortense, qui regardait comme un devoir de rendre des soins à la mère de leur reine. Et lorsque le prince Eugène venait à Paris, la maison de l'Impératrice s'augmentait de tout ce qui était auprès du vice-roi, et Navarre devenait un lieu enchanté, surtout si la reine Hortense y était aussi.

Le train de vie qu'on menait à Navarre ressemblait un peu à celui de la Malmaison. On déjeunait à dix heures tous les jours. Le dimanche seulement on changeait l'heure de ce repas, qui avait lieu plus tard. L'Impératrice, à moins d'être malade, entendait la messe tous les dimanches, ainsi que les jours de fêtes. M. de Barral n'officiait que les jours de fêtes.