Ce qui signifie: À l'amour céleste.
M. de Bouillon avait à Navarre des serres admirables. M. Roy les a relevées; et, en tout, il a fait grand bien à la propriété de Navarre.
Lorsque l'Impératrice l'eût en sa possession, il y avait pourtant de grands dégâts occasionnés par les eaux. Deux rivières entourent les jardins; l'Iton et l'Eure. Leurs eaux fournissent aux bassins, aux cascades, dont la moitié sans doute a été supprimée, mais dont il reste encore assez pour que les conduits, n'étant pas bien soignés et se brisant, répandent les eaux qu'ils amènent et causent de grands inconvénients. Quoi qu'il en soit, Navarre fut et sera toujours un très-beau lieu.
Pour donner une idée de ce qu'il était au temps du duc de Bouillon, j'ai abandonné celui de Joséphine, précisément au moment où j'allais raconter comment se passait la Saint-Joseph à Navarre. C'était alors et dans les deux mois qui suivaient, le plus délicieux séjour de France. La nature reprenait alors sa robe fleurie, et, plus tard, les belles eaux de l'Eure et de l'Iton donnaient une vie presque intellectuelle à cette nature si admirable, qui entourait le château et présentait, à chaque pas, un site à observer, un éloge à donner.
Ce 19 mars dont je parle, à dix heures du matin; une troupe de jeunes filles toutes fraîches et jolies, et des familles les plus distinguées de la province, vint d'Évreux à Navarre pour présenter les vœux de la ville à l'Impératrice. Elle faisait beaucoup de bien dans le pays, et elle donnait immensément; elle avait fondé une école pour de pauvres orphelines où elles apprenaient à faire de la dentelle. L'Impératrice avait encore donné à la ville d'Évreux des marques d'intérêt qui lui avaient gagné le cœur des habitants. Non-seulement elle s'était occupée de leurs besoins, en venant à l'aide des pauvres jeunes filles orphelines, mais encore elle songeait aux plaisirs des gens d'Évreux. Elle avait acheté un grand et beau terrain pour y faire construire une salle de spectacle, et, de plus, une autre portion de terrain, qui devait agrandir la promenade, que l'Impératrice devait faire entièrement replanter, et orner de plus de dix mille pieds d'églantiers, greffés des plus belles espèces de roses. Aussi la ville, dans sa reconnaissance, lui adressa-t-elle des vers qui lui furent récités par une très-agréable personne, dont j'ai oublié le nom, mais qui était fille du maire d'Évreux à cette époque. Elle ne fut embarrassée que ce qu'il fallait pour la pudeur gracieuse d'une jeune fille. L'entrée de toutes ces jeunes personnes fut charmante: elles avaient fait un dôme de toutes les fleurs printanières, sous lequel était placée la jeune fille du maire, portant le buste de l'Impératrice. Lorsqu'elle eut récité son compliment en vers, on servit un très-beau déjeuner, auquel Joséphine assista, et après lequel elle leur fit à toutes de charmants présents.
Elle était fort tourmentée de la pensée que ce qu'on voulait faire pour elle pouvait déplaire à Marie-Louise, et par suite à l'Empereur. Elle m'en parla.
—«Ils veulent faire des réjouissances à Évreux, me dit-elle; vous, qui habitez Paris, et qui connaissez mieux que tout ce qui m'entoure l'esprit de la cour des Tuileries, qu'en pensez-vous?
—Je pense, madame, que tout ce qui rappelle voire nom à une certaine personne trouble son sommeil, sans néanmoins l'empêcher de dormir; car, pour cela, je crois la chose impossible.»
Joséphine se mit à rire.
—«Vous ne l'aimez pas? me dit-elle.