Le Roi des Pays-Bas fait le méchant, celui des Belges n'est pas plus doux. La Conférence se fatigue, et a, dit-on, grand besoin de M. de Talleyrand pour reprendre son ensemble.

On dit tous les Cabinets fort ébouriffés de ce qui se passe entre l'Égypte et la Porte ottomane. Chacun recule, plus ou moins, devant les résultats prochains du Nord, du Midi, du Couchant et du Levant, car partout il en faut prévoir, sans que personne ait le courage d'y mettre la main.

Paris, 23 septembre 1832.—Voilà l'horizon qui se rembrunit de toutes parts: aux singuliers événements d'Orient, à l'état précaire de l'Allemagne et de l'Italie, au désaccord qui règne dans le Cabinet français, à l'approche des Chambres françaises et à celle du Parlement, aux complications portugaises, à l'obstination toujours croissante de la Hollande, voici qu'il faut joindre le coup de foudre de la mort de Ferdinand VII; guerre de succession et, par conséquent, guerre civile, entre les partisans de don Carlos et ceux de la petite Infante; peut-être intervention de l'Espagne en Portugal, et, par conséquent, apparition de la France et de l'Angleterre dans la Péninsule.

D'un autre côté, changement de ministère à Bruxelles, et départs, si précipités, du duc d'Orléans, du maréchal Gérard et de M. Le Hon pour la Belgique. Ne sommes-nous pas, plus que jamais, dans le grabuge?

M. de Talleyrand reçoit force lettres, tant de Paris que de Londres, pour presser son départ.

Paris, 27 septembre 1832.—Quelle mystification que cette résurrection de Ferdinand VII[ [11]! Au fait, c'est très heureux, car assurément les complications ne manquent point, et une de moins, c'est quelque chose!

1833

Valençay[ [12], 12 octobre 1833.—M. Royer-Collard a passé une partie de la matinée ici: original et piquant, grave et animé tout à la fois, fort affectueux pour moi et aimable pour M. de Talleyrand. Le temps actuel, qu'il ne fronde cependant pas publiquement, lui déplaît au fond et il en médit dans sa solitude.

Une lettre de Vienne de M. de Saint-Aulaire dit ceci: «Mes vacances d'été, que je viens de passer à Baden, n'ont pas été troublées par les réunions de Téplitz et de Münchengraetz[ [13], parce qu'on ne m'a rien donné à faire et que, pour ma part, je ne concevais aucune inquiétude. Voici M. de Metternich qui revient à Vienne, il faudra régler nos comptes, et mes vacances vont finir.—Les mesures qu'on juge à propos de prendre pour l'Allemagne seront apparemment très incisives; s'il n'en était pas ainsi, la tentative serait niaise. La France restera-t-elle spectatrice inerte? Oui, si l'on m'en croit; du moins tant que quelque Prince directement intéressé n'appellera pas au secours pour le maintien de son indépendance. Le Roi de Hanovre serait un bon chef de file; s'il ne veut pas se porter en avant, je ne compte guère sur le prince Lichtenstein. Je sais qu'on croit en Angleterre que M. de Metternich s'est moqué de nous et qu'il était de moitié avec la Russie pour le traité de Constantinople du 8 juillet dernier: je persiste à soutenir qu'il était dupe et non complice, et je voudrais qu'on ne s'y trompât pas, moins pour l'honneur de mon amour-propre que parce que la partie me semble différente à jouer, suivant que la bonne intelligence sera réelle ou apparente entre l'Autriche et la Russie. Frédéric Lamb m'a conté hier, en détail, la campagne du duc de Leuchtenberg en Belgique, dont je savais quelque chose par les bruits de ville; pas un mot par le ministère, car on a la mauvaise habitude de nous tenir toujours les plus mal informés, entre les diplomates de tous les pays.»