A l'occasion de la France, il dit ceci: «Puisqu'on a attendu le casus fœderis pour agir, le casus mortis où nous nous trouvons dispense de penser à notre libération, car les morts n'ont besoin de rien.»
Paris, 23 octobre 1835.—Nous sommes revenus à Paris depuis quelques jours.
M. le duc d'Orléans, me parlant hier du mariage manqué à Naples pour sa sœur la princesse Marie, m'a dit qu'il s'était adressé à son beau-frère, le Roi des Belges, qui est ici en ce moment, pour qu'il trouvât quelque cadet de grande lignée en Allemagne, qui, en épousant la Princesse, viendrait s'établir à Paris. La princesse Marie a de l'esprit, mais une imagination vive et inquiète, le goût des arts, très peu l'habitude de la gêne et de la représentation. On verrait dans son établissement à Paris plus d'assurance de bonheur pour elle, et plus de facilité que dans un établissement au dehors. Il ne s'en présente aucun de cette dernière espèce, les chances même paraissent s'éloigner; la Princesse a vingt-trois ans, la Reine s'afflige et s'inquiète.
Les prétentions pour les enfants du Roi se sont, en tout, fort amoindries, car M. Guizot disait l'autre jour à M. de Bacourt qui part pour Carlsruhe, où il faisait remarquer qu'il n'y avait pas d'affaires, que cependant il y en avait une, celle de conserver la dernière princesse de Bade pour M. le duc d'Orléans. Cette Princesse est la fille de Stéphanie de Beauharnais. Je doute qu'un pareil mariage plût au jeune Prince qui, hier encore, à propos des Leuchtenberg, ne s'est pas bien exprimé sur les Beauharnais, les taxant tous d'aimer l'intrigue, et ne voulant pas même faire une exception en faveur de la grande-duchesse Stéphanie de Bade qui, cependant, dans mon opinion, mérite une place à part, car elle a non seulement de la bonté, mais encore de l'élévation d'âme, un peu trop d'activité à la vérité et un peu de prétention au bel esprit, mais ses sentiments sont tous pris dans un ordre supérieur.
La princesse de Talleyrand est mieux, et si peu occupée de son état qu'elle ne songe qu'à se faire assurer de nouveaux bienfaits après la mort de son mari.
Paris, 24 octobre 1835.—M. Pasquier nous disait hier que Fieschi, à qui on a été obligé de couper la phalange d'un doigt à la suite des blessures causées par l'éclat de la machine infernale, avait, de l'autre main, pris le doigt malade, avant que les chirurgiens s'en emparassent, et le regardant, avait dit: «Mon petit, j'en suis fâché, mais tu perdras ta tête avant que je perde la mienne.» Son sang-froid, son courage, sa force physique, ne sont égalés que par l'excès de sa vanité.
J'ai trouvé les Tuileries tristes, Madame Adélaïde vieillie, le Roi rouge et bouffi, tous deux affligés du départ du Prince Royal pour l'Algérie. Châtier un brigand africain ne paraît pas un motif suffisant pour exposer une vie aussi précieuse. Ils en veulent aux ministres d'avoir plutôt encouragé qu'arrêté le mouvement aventureux et fort naturel du jeune Prince.
Le choléra n'est fini ni à Toulon ni en Afrique, il peut en arriver quelque malheur au Roi. Le mariage manqué à Naples leur donne des regrets; la froideur extrême du nouvel ambassadeur de Russie, tout les jette dans le découragement.
L'Empereur de Russie, dans les trente-six heures passées à Vienne, en hommage apparent au dernier Empereur d'Autriche, et en réalité pour charmer M. de Metternich par sa femme, et l'archiduc Louis par l'archiduchesse Sophie, a couru tout Vienne en fiacre, a forcé le caveau où le dernier Empereur est déposé, et a trouvé moyen, en trente-six heures, de changer quatre fois d'uniforme.
Les carlistes, à propos de la nomination du comte Pahlen comme ambassadeur de Russie en France, disent que rien ne prouve mieux le rapprochement de l'Empereur Nicolas avec le Roi Louis-Philippe, que le choix d'un fils d'assassin comme ambassadeur près du fils d'un régicide.