[174] La Diète autrichienne se tenait depuis le 15 novembre à Kremsier, en Moravie, dans le beau château des Archevêques d'Olmütz. Le nouveau Ministère était ainsi composé: Prince Félix de Schwarzenberg, Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères; Stadion, à l'Intérieur; Krauss, aux Finances; Bach, à la Justice; Gordon, à la Guerre; Bruck, au Commerce; Thinnfeld, à l'Agriculture; Kulmer, sans portefeuille.

[175] Le Pape, qui avait, dès le 14 mars, donné une Constitution à ses sujets, et, depuis, changé plusieurs lois de Ministère, s'était enfin décidé à nommer, le 15 septembre, comme son premier Ministre, Pellegrino Rossi, ancien Ambassadeur de France auprès de Sa Sainteté, et ami personnel de M. Guizot. Rossi entreprit d'établir un régime parlementaire régulier dans les États pontificaux, s'appuyant sur la bourgeoisie et se plaçant entre les partis en lutte. Il n'eut pas le temps de réaliser ses projets: le 15 novembre, au moment où il se rendait au Conseil des Ministres, il fut frappé d'un coup de poignard à la gorge par un soldat de la milice et tomba mort. Ce fut le signal du soulèvement des républicains; le Pape s'étant borné à nommer un nouveau Ministère, qui n'avait pas leur sympathie, la foule et les troupes se rendirent au Quirinal, demandant au Pape de changer ses Ministres. Pie IX, entouré du Corps diplomatique, se montra intraitable; cette attitude mit le comble à l'irritation populaire. Une lutte sanglante s'engagea entre le peuple et les Suisses, et les balles pénétrèrent jusque dans l'intérieur du Palais. Tout en protestant, le Pape finit par céder et consentit à prendre pour Ministres Sterbini, Galletti, Mamiani et l'abbé Rosmini; mais, le 25 novembre, sous les habits d'un simple abbé, il quittait Rome et se rendait à Gaëte, sous la protection du Roi de Naples, d'où il adressa aux Romains une protestation contre ce qui venait de se passer.

[176] M. de Gagern, qui s'était chargé d'achever à Francfort une Constitution de l'Empire et l'installation du pouvoir central définitif, était venu à Berlin pour tâter le terrain et savoir si, en cas de rupture de l'Autriche avec l'Allemagne, le Roi de Prusse serait disposé à se mettre à la tête de l'Empire allemand. Le Roi déclina très catégoriquement cette offre, qui devait lui être proposée de nouveau, plus officiellement, en mars 1849.

[177] Comme Pellegrino Rossi, Capo d'Istria avait eu une mort violente. Accusé par les Grecs de n'être chez eux que l'instrument de la Russie et de s'appuyer, pour gouverner, sur des moyens arbitraires, il avait été assassiné, en 1831, par les frères Georges et Constantin Mavromichali, qui voulaient venger sur lui leur père et leur frère, injustement emprisonnés.

[178] Le Roi Charles-Albert ne devait abdiquer qu'après la bataille de Novare, le 23 mars 1849.

[179] Vers le 15 décembre, le prince Windisch-Graetz, à la tête des troupes autrichiennes, délogea, de position en position, les Hongrois, qui, sous le commandement de Georgei, se retirèrent derrière les bastions de Raab. Les grands froids n'ayant pas permis à leurs renforts de les joindre, les Hongrois durent abandonner cette position, où les Autrichiens entrèrent, sans combat, le 27 décembre.

[180] Ce fut le 29 septembre 1848, auprès de Veneleze, à trois heures d'Ofen, que Jellachich fut défait totalement par le général Moga. Son armée se mit à fuir, Jellachich, un instant prisonnier, parvint à s'échapper et, à travers les forêts, gagna Mor, puis Risber et enfin Raab.

[181] Le Prince Louis Bonaparte avait été élevé à la Présidence le 10 décembre 1848. M. Molé racontait lui-même que le matin de ce jour le général Changarnier, commandant les troupes qui, après la séance du serment, devaient escorter le Président à l'Élysée, se rendit chez lui pour conférer, et au moment de partir s'écria: «Eh bien! si au lieu de le conduire à l'Élysée, je le conduisais aux Tuileries?» Et M. Molé de lui répondre: «Gardez-vous-en bien!... Il s'y rendra assez tôt à lui seul!»

[182] La plus grande confusion régnait à Francfort depuis qu'il s'agissait de donner un chef définitif à l'Empire allemand, et de réaliser les belles promesses unitaires par une conclusion pratique. L'Autriche faisait semblant de se placer dans une expectative qui la laissait étrangère à tous les détails, et comme ne devant songer à se rapprocher de l'Allemagne que lorsque l'Allemagne existerait comme État constitué; son intention était, en somme, de ne prendre de résolution, à l'égard de son union avec l'Allemagne, que lorsque le choix du chef de l'Empire et la prééminence se seraient décidés en sa faveur ou contre elle.

[183] Cette guerre, commencée à l'avènement de François-Joseph sur le trône d'Autriche, dura trois années; la Hongrie ne céda que devant les forces écrasantes de l'Autriche et de la Russie alliées.