[256] Sur son désir, le prince Napoléon s'était déchargé du ministère de l'Algérie et des Colonies.

[257] Au moment où éclatait la proposition de Congrès, la situation commençait à devenir critique; une scène des plus vives avait eu lieu à Paris entre le comte Walewski et le représentant sarde, M. de Villamarina. Le ministre des Affaires étrangères se laissait emporter jusqu'à dire que «l'Empereur ne ferait pas la guerre pour favoriser les ambitions de la Sardaigne; que tout devait être réglé par un Congrés auquel le Piémont n'avait aucun droit de participer». Un langage aussi acerbe était tenu à Turin par le ministre de France, le prince de la Tour-d'Auvergne. Le comte de Cavour se hâtait de faire face à l'orage. Il expédiait une lettre du Roi à l'Empereur à laquelle celui-ci répondait simplement: «Que le comte de Cavour vienne à Paris sans plus de retard.» Cavour était à Paris le 25 mars, où il eut des entrevues successives avec l'Empereur et reçut aux Tuileries un accueil cordial; mais il ne tarda pas à s'apercevoir de tout un travail dans l'entourage de l'Empereur, qui n'avait pas seulement pour objet le maintien de la paix (fût-ce par le sacrifice du Piémont), mais qui tendait à l'écarter lui-même comme le principal obstacle à la paix. M. de Cavour rentrait à Turin le 1er avril, quand, peu de jours après, l'Autriche envoya, le 23 avril, au Roi de Piémont un ultimatum qui n'était autre que la sommation immédiate de son désarmement, et que le moindre sentiment de fierté lui interdisait d'accepter. Les hostilités étant devenues imminentes, l'armée française franchit les Alpes.

[258] Au sujet de la réforme électorale, le Cabinet anglais ayant eu une minorité de trente voix, le Ministère résolut de ne pas donner sa démission, mais de dissoudre le Parlement. Lord Derby en fit communication le 4 avril à la Chambre et fit figurer en première ligne, dans son discours, l'intérêt qui s'attachait au maintien de la paix; en faisant allusion à lord Palmerston et à lord John Russel, il exprimait l'espoir que la résolution du Ministère serait approuvée par l'opinion publique, car la nation ne pourrait voir sans déplaisir le pouvoir passer dans les mains des partis coalisés, qui n'ont de force que pour détruire et non pour gouverner.

[259] Le 27 avril, le Grand-Duc de Toscane, pressé par une députation d'officiers supérieurs, qui s'étaient présentés pour lui demander d'opter entre l'alliance avec le Piémont ou son abdication, s'était retiré avec sa famille à Bologne. Aussitôt, le Roi de Sardaigne avait été proclamé Dictateur de la Toscane, pendant la durée de la guerre. Ce mouvement s'étendit immédiatement dans les Duchés voisins, notamment dans le duché de Modène. Une proclamation de commissaires extraordinaires, de Massa et de Carrare, plaçait ces villes sous la protection du Roi Victor-Emmanuel. Ce ne fut pourtant qu'au 15 juin que la Duchesse de Parme résolut d'abandonner ses États.

[260] Campagne du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse de Weimar.

[261] Le 4 juin 1859, l'Empereur Napoléon s'était avancé sur Magenta, sans se rendre compte des forces qu'il avait devant lui; sa position était devenue fort critique. Le général de Mac-Mahon se porta, par une marche rapide, en avant de Magenta, avec une partie du second corps d'armée, sur les Autrichiens. Il parvint à dégager les grenadiers de la Garde fort compromis, prit et reprit sept fois le village de Magenta, fit cinq mille prisonniers et, vers huit heures du soir, resta maître du champ de bataille.

[262] Vers le 10 juin, les Autrichiens abandonnèrent la région du Pô pour se retirer derrière l'Oglio; ils quittèrent de même Ferrare, Ancône et les États romains, qui rejetaient l'autorité du Pape pour s'annexer au royaume de Sardaigne. Dans la nuit du 11 au 12 juin, les Autrichiens évacuaient Bologne, d'où le Cardinal-Légat se retirait, laissant à la Municipalité le soin de gouverner cette ville, qui proclamait immédiatement la dictature du Roi Victor-Emmanuel, auquel Parme et toutes les villes de la Lombardie s'empressaient de faire acte de soumission.

[263] Le prince de Metternich était mort, le 5 juin 1859, sous le coup des émotions que lui donnèrent les défaites des Autrichiens et la destruction des effets de sa politique en Italie.

[264] Une escarmouche d'avant-poste, à Bertoletto, où Garibaldi avait fait construire un pont sur la Chiese, avait amené un combat entre quelques compagnies des chasseurs des Alpes et les avant-postes autrichiens qui avaient d'abord battu en retraite. Les légionnaires, emportés par leur ardeur, les ayant poursuivis jusqu'à Castelnedolo, y trouvèrent l'ennemi en masse, qui chercha à les envelopper. S'apercevant du péril, ils durent se retirer devant les Autrichiens qui firent sauter le pont, à peine bâti sur la Chiese en face de Montechiari.

[265] Lord Palmerston.