[276] Le 10 août 1859, le Roi Frédéric-Guillaume IV avait été frappé d'une nouvelle attaque d'apoplexie.
[277] Le traité de Zurich entre la France et l'Autriche ne fut conclu que le 10 novembre 1859. Il n'était que la suite des préliminaires de Villafranca et mettait fin à la guerre qui, d'après la solennelle promesse de Napoléon III, devait avoir pour résultat l'affranchissement de l'Italie entière depuis les Alpes jusqu'à l'Adriatique. Mais en laissant tout désormais au désarroi et à l'imprévu, les Italiens prirent alors, eux-mêmes, la direction de leurs destinées et, déjouant les calculs, ils se chargèrent d'interpréter cette paix par laquelle on avait cru les enchaîner.
[278] Cavour n'avait rien fait pour précipiter l'explosion de cette question de l'Italie méridionale qui allait naître d'une aventure. Sa politique eût été de nouer ce qu'il appelait «l'alliance des deux grands royaumes de la Péninsule», former ainsi le faisceau fédératif des forces italiennes du nord et du midi dans un intérêt d'avenir national. A l'avènement de François II, fils d'une Princesse de Savoie, Cavour avait envoyé à Naples le comte de Salmour avec une mission de paix, offrant amitié et appui. Avec Rome, avec Naples, Cavour se serait prêté volontiers aux ménagements et aux transactions.
[279] A Florence, Modène, Bologne, Parme, l'acte de Villafranca éclatait comme un coup de foudre. L'Autriche, à peine diminuée d'une province, restait, aux yeux de tous, la puissance débordante de l'Empire sur le Mincio et sur le Pô. Dès lors, la pensée de l'annexion à la Sardaigne domina toutes ces populations, afin de se créer le plus de forces italiennes possible pour sortir de l'alternative, ou d'une soumission découragée, ou du déchirement d'une résistance révolutionnaire; cela amena le vote unanime de ces petits États vers le Piémont, qui leur avait donné l'exemple du courage, de l'honneur militaire, du patriotisme éprouvé, de la liberté régulière. Le 21 août, l'Assemblée des notables, à Modène, votait la déchéance du Duc François V et leur annexion au Piémont; celle de Florence faisait de même; puis un décret royal annonçait que le général Garibaldi était nommé commandant de la 2e division des Toscans, et ce même jour, la ligue défensive de tous les États de l'Italie était conclue.
[280] Quartier général de l'Empereur Napoléon III.
[281] A la séance annuelle pour la distribution du prix Montyon, M. Villemain avait fait le rapport sur les œuvres littéraires et M. Guizot sur celui des œuvres de vertu, qu'il terminait par une allusion fort éloquente sur le dévouement pour la patrie des soldats morts dans la guerre d'Italie.
[282] L'article du Moniteur était un avertissement à l'Italie contre les annexions. Il y était déclaré que la restauration des Archiducs formait une partie importante des stipulations de Villafranca et la condition sine qua non des avantages qui résultaient pour l'Italie d'une partie de ces stipulations. Il énumérait ces avantages, mais repoussait l'idée de la restauration de ces Princes par une force étrangère. Il menaçait même d'une nouvelle guerre si les populations des Duchés persistaient à repousser leurs souverains; car l'Autriche se déclarerait alors comme déliée de ses engagements. L'article finissait par ces mots: «Que l'Italie ne s'y trompe pas: il n'y a qu'une seule Puissance en Europe qui fasse la guerre pour une idée; c'est la France, et la France a accompli sa tâche.» En même temps que cette déclaration, l'organe du Ministère anglais continuait à soutenir avec ardeur le parti de l'annexion des Duchés au Piémont et à promettre à l'Italie le concours de l'Angleterre. L'attention du Gouvernement français fut alors attirée sur la Chine et le Moniteur du 14 septembre annonçait que la France et l'Angleterre se concertaient pour infliger un châtiment aux violateurs du traité de Tien-tsin conclu en 1858.
[283] L' Empereur Napoléon III, toujours flottant, songeait de temps en temps à tenter, contre les provinces soulevées des États ecclésiastiques, l'effort des armes: trois fois déjà, ordres et contre-ordres avaient été donnés à ce sujet. Le duc de Gramont, de retour de France vers la fin d'août, eut, le 29, une entrevue prolongée avec le Pape. L'Ambassadeur recommandait des réformes pour le reste des États pontificaux et ajoutait que l'occupation militaire par une division française devait expirer dans le courant de l'année 1860. Le duc de Gramont exposait ensuite à Pie IX qu'il devait se préparer, lui-même, une force militaire sérieuse, en lui faisant entendre que l'Autriche n'interviendrait pas, et que si une troisième puissance venait s'immiscer dans les affaires d'Italie et que le Piémont voulût s'y opposer, la France n'aurait aucun motif suffisant pour y mettre obstacle et l'Angleterre pourrait bien appuyer directement les efforts de la Sardaigne.
[284] En prenant connaissance de l'allocution du Saint-Père au Consistoire du 26 septembre, dans laquelle le Pape annulait les actes de l'Assemblée bolonaise et rappelait les censures formulées contre les membres du Gouvernement des Légations, Mgr Dupanloup, qui, la veille, avait publié un exposé de ses sentiments sur les tristes circonstances où se trouvait placée l'Église romaine, protesta hautement contre ces attentats, en communiquant à son clergé les paroles textuelles de Pie IX. Plusieurs évêques de France adhérèrent à cette énergique protestation. Quelques-uns cependant le firent en montrant confiance dans les intentions du Gouvernement français.
[285] Le 6 octobre 1859, un comte Anviti, colonel de l'ancienne gendarmerie ducale, et connu par ses relations avec le Duc de Parme, avait été massacré, dans les rues de Parme, par une population furieuse. La rapidité avec laquelle ce malheureux événement eut lieu ne permit pas à la force armée d'intervenir à temps.