Vienne, 26 avril 1856.—J'ai eu l'honneur d'être invitée à une petite soirée chez Mme l'Archiduchesse Sophie, où j'ai été présentée à la jeune Impératrice: aucun de ses portraits ne lui rend justice; elle est parfaitement jolie de visage, de taille, de jeunesse.

M. de Buol est revenu content de la paix de Paris, le comte Orloff s'en retournera enchanté: telle est, je crois, la vraie nuance.

Personne n'est plus à la mode ici que l'Empereur Napoléon: on l'admire, on le redoute, on le considère. Il est plus puissant dans l'opinion que ne l'était son oncle, parce qu'on n'était soumis à celui-ci que par la peur qu'il faisait, et qu'on se confie en son neveu par la peur qu'on a des autres. Il semble à tous un bonheur, une égide. Le prince de Metternich en parle ainsi, et les plus grandes dames en disent autant.

Le Prince-Évêque de Breslau est ici, fort triste de l'état catholique en Prusse. Il dit que le métier de catholique n'y est plus possible, et je tremble de lui voir donner sa démission, ce qui me serait un chagrin personnel.

Vienne, 2 mai 1856.—J'ai eu, hier, une audience de congé chez l'Archiduchesse Sophie qui m'a dit que son second fils, l'Archiduc Maximilien, prince aimable et instruit, aimant la littérature et les arts, allait partir pour Paris, afin d'y voir l'homme le plus remarquable du siècle[ [188]. Je crois qu'il est chargé de compliments sur la naissance et en même temps d'assister au baptême[ [189]. Le comte de Mensdorff doit l'accompagner; on dit que le choix est excellent.

J'ai dîné hier chez Louise Schœnbourg avec le comte Buol, qui m'a dit que le... Roi... de Wurtemberg allait se rendre... à Paris... De Berlin, quelque Prince ne va-t-il pas suivre la même direction que l'Archiduc? Ce sera une course au clocher.

Berlin, 12 mai 1856.—Me voici arrivée ici, après m'être arrêtée à Dresde. J'y ai vu deux fois la charmante Princesse Royale, heureuse et gracieuse, son époux très aimable; il ne leur manque que d'avoir des enfants, mais cela manque beaucoup. Je me suis complu dans la nouvelle galerie de Dresde, qui fait bien mieux jouir des perles qui s'y trouvent qu'on ne pouvait le faire précédemment.

Sagan, 17 mai 1856.—J'ai quitté Berlin avant-hier. J'avais dîné la veille à Charlottenbourg, où je m'étais rencontrée avec le prince Windisch-Graetz, qui a été reçu avec beaucoup d'honneur à Berlin[ [190]. La Reine a été fort gracieuse. Le Roi a placé mon buste dans son cabinet de travail en pendant de celui de Humboldt.

On est plus russe que jamais à Berlin, on y exècre l'Autriche, on n'y aime pas la France, on y adore la Reine Victoria; mais on se défie de son Cabinet. Manteuffel a eu toutes les peines du monde à obtenir l'Aigle noir pour l'Empereur Napoléon. Hatzfeldt demande à grands cris l'apparition d'un prince prussien à Paris; jusqu'à présent, je n'en entends pas nommer. On espère à Berlin la visite de l'Empereur de Russie. Les médecins insistent pour que le Roi aille à Marienbad; il est visible qu'il en a grand besoin, car il est très maigri, vieilli et abattu. Humboldt s'affaiblit visiblement.

Sagan, 28 mai 1856.—Le voyage du Prince-Régent de Bade[ [191] à Paris augmentera la liste princière qui se presse autour de l'Empereur Napoléon. Il y en a une bien étendue aussi en ce moment à Potsdam: on déloge toutes les dames d'honneur, on éparpille la Cour dans tous les temples, kiosques et berceaux des jardins, vie idyllique, fort peu commode pour les devoirs de la Cour. L'Empereur Alexandre, le Prince et la Princesse Royale de Wurtemberg arrivent demain. L'Impératrice veuve de Russie a atteint Potsdam, vivante; voilà le miracle qui en promet d'autres, par exemple: d'atteindre Wildbad, d'être à Moscou au couronnement de son fils, et à Palerme pour le 1er novembre. Tels sont ses projets.