Le dubitatif, qui s'étend nécessairement sur toute chose, est une situation malsaine et malséante pour chacun.
Nice, 7 décembre 1857.—J'ai eu hier des lettres de Charlottenbourg. Le Roi va très bien de santé et irait bien au moral sans une certaine incertitude de mémoire dont il s'aperçoit, ce qui le peine et l'impatiente; il fait de grandes promenades à pied et en voiture. Il mange avec la Reine et sa sœur de Mecklembourg-Schwerin, qui est revenue s'établir pour l'hiver à Charlottenbourg. Il voit quelquefois, pour un quart d'heure, quelque habitué; mais, à tout prendre, il est assez muré encore. Les médecins redoutent toute excitation. Le Prince de Prusse se remet de sa grippe dont plus de quatre-vingt mille personnes ont été atteintes à Berlin.
Nice, 31 décembre 1857.—Je termine cette année en meilleure santé que je ne l'ai traversée. Cependant les nouvelles, moins satisfaisantes, de ma fille gâtent le sommeil qui m'était revenu; les nerfs qui se calmaient et la tête qui s'était dégagée, tout cela reprend et je suis moins bien, en raison des moins bonnes lettres que ces derniers jours m'ont apportées...
On m'écrit de Berlin: «Le Roi ne pourra pas de longtemps reprendre le gouvernement; cependant, il y a espoir qu'il finira par se remettre; mais, pour le moment, sa tête est bien faible encore. Il a lui-même la conviction que son état lui interdira, pour un temps indéfini, tout travail sérieux. Il se trouve très bien remplacé par son frère, dont on est généralement fort content. Cet intérim prolongé a des inconvénients bien graves pour la marche des affaires.»
1858
Nice, 2 janvier 1858.—J'étais préoccupée de l'état de Pauline quand, hier, une dépêche télégraphique arrivée le soir m'a fait voir que l'état était grave. Je pars donc ce matin; j'irai le plus vite possible.
Paris, 4 janvier 1858.—Je me suis embarquée avant-hier à Nice sur un assez mauvais bateau, mais il me faisait gagner douze heures; j'ai fait le trajet en trente-six heures et je ne regrette pas cette hâte; car, si j'ai un regret, c'est de ne pas être venue plus tôt, et d'avoir écouté les dires des médecins et les conseils de mes correspondants, au lieu de suivre mes instincts. Je trouve Pauline très mal; les médecins disent que le cas n'est pas désespéré; mais il me paraît, à moi, qu'il est bien près de l'être et que, peut-être, dans quelques jours, cette âme séraphique aura pris son vol vers la céleste patrie. Elle a toute sa tête et paraît fort aise de me voir[ [224].
Paris, 9 janvier 1858.—Je viens de passer de bien mauvais jours. Mes anxiétés pour Pauline sont aggravées par neuf à douze degrés de froid! Mais il faut louer Dieu de tout et le remercier à genoux du mieux notable qui, depuis vingt-quatre heures, s'est manifesté dans l'état de Pauline, lorsqu'il s'agissait de rien moins que de l'extrême-onction qu'elle demandait.
Paris, 16 janvier 1858.—L'attentat d'avant-hier a ému tout Paris et aura un retentissement en Europe[ [225]. Elle est bien malade partout, cette pauvre Europe. Je vis si uniquement à l'hôtel d'Albuféra, qu'en dehors de là, tout est ignorance pour moi[ [226].