Distribuez, je vous prie, mes amitiés, mes compliments, mes respects dans votre société, à commencer par madame d'Acerenza, les princes, etc., les bienheureux, etc.!

Saint-Pétersbourg, 3 janvier 1805.

Chère bonne enfant, je vous dois de bien tendres remerciements pour tous les détails que vous me donnez de vos journées, et de vos amusements. J'apprends, avec tout l'intérêt que vous me connaissez pour vous, que le dessin continue et qu'il vous fait plaisir. Il se peut, chère enfant, qu'en rapprochant vos cahiers, vous y voyiez nos extraits ou des morceaux que vous aurez copiés. Tâchez, de grâce, de vous comparer à vous-même et de voir si vous avancez ou si vous reculez. Soignez surtout l'orthographe française. S'il m'était possible d'écrire longuement aujourd'hui, j'aurais de jolies anecdotes à vous raconter, dont quelques-unes vous frapperaient, j'en suis sûr, et vous engageraient à profiter des belles années de votre éducation. Dites, je vous prie, bien des choses à toute la société du mercredi et du soir. Je n'ai pas manqué un seul mercredi de boire à vos santés. Adieu, bonne enfant. Vous savez que je vous aime. Le bon tuteur vous embrasse.

Saint-Pétersbourg, 6 janvier 1805.

Je vous remercie bien tendrement, chère bonne enfant, du petit dernier billet que j'ai reçu de votre part. Il est bien écrit et bien orthographié. De grâce, continuez à vous soigner, c'est une chose absolument nécessaire. Madame Czarowska m'a écrit une très aimable lettre. Elle me parle de vous et de votre danse. Vous ne danserez, chère Dorka, que jusqu'à vingt ans, plus ou moins; mais la musique vous accompagnera, vous distraira, vous consolera toute la vie! Si par amitié pour moi, vous pouviez vous mettre en état de me dédommager de mon absence, à mon retour, par une sonate joliment exécutée, par une suite de gammes, telles que je les aime, je croirais que le ciel s'est ouvert pour me faire jouir d'un avant-goût de bonheur. Adieu, chère aimable Dorka. Voilà le bon tuteur qui m'envoie cette petite réponse pour vous. Ce sont des vers charmants et un des plus jolis morceaux sortis de sa plume. Vous ne tarderez pas à le remercier et vous ferez lire ces vers le premier mercredi après avoir reçu ce billet.

Mettez-moi aux pieds de la bonne adorable maman qui a fait de la charmante musique ce dernier jour de l'an! Saluez tous nos bons amis. Soyez bonne, aimable, obligeante, égale: ce sont les conseils d'un bon ami. Aujourd'hui on a béni l'eau de la Néva et les drapeaux de l'Empereur. C'est, dit-on, une superbe cérémonie. Quand nous nous reverrons, je vous en ferai la description. Adieu. Adieu.

Saint-Pétersbourg, 11 janvier 1805.

Je vous remercie, ma chère bonne petite amie, des intéressants petits détails de votre veille de Noël et des charmants cadeaux qui vous ont tant fait de plaisir. Si la chaîne que la bonne amie vous a donnée de ma part a pu ajouter quelque chose aux sensations agréables que vous a causées la montre, j'en suis aussi heureux que vous.—Chère enfant, que je suis content de voir par la première ligne de vos lettres, jour pour jour, que vous vous êtes défaite de certains défauts essentiels qui faisaient les objets de vos examens! C'est là ce qui doit surtout intéresser ma tendresse pour vous et me permettre une jouissance vraiment pure, vraiment céleste, en vous trouvant délivrée, dans l'intervalle, de la plupart de vos petites mauvaises habitudes. Je compte avec complaisance les jours où vous n'avez trouvé rien à vous reprocher et je désire que ce ne soit ni légèreté dans l'examen, ni manque de sévérité pour vous-même qui vous donnent cette aimable sécurité. La bonne maman, notre excellente amie sont contentes de vous; cela me rassure à mon tour, chère petite amie, et me fait désirer de vous avoir au plus tôt. Mais hélas! quand sera-ce que je le pourrai! J'ai assisté, avec le bon tuteur, à l'heiliger Christ de la charmante petite comtesse Augustine de Goltz; sa joie me rappelle la vôtre et nous avons parlé de vous à la société qui nous entourait.

Le peuple d'ici fera une fête l'avant-veille et la veille de Noël à la russe, le 4 et le 5 de ce mois. C'est un marché sur une place inconnue. Il y a toute sorte de provisions en tout genre, surtout en mangeaille, et la foule innombrable de vendeurs, d'acheteurs et de spectateurs fait un tableau unique. Heureusement cette année la saison a permis que toutes ces provisions soient arrivées en bon état; ordinairement le dégel en gâte beaucoup. Adieu, chère Dorka, le bon tuteur vient me prendre. Mille tendres choses à tous. Adieu.

Saint-Pétersbourg, 17/29 janvier 1805.