Ces volontaires devaient, aussitôt la retraite de l'armée napolitaine sur Messine, se précipiter dans la ville, en barricader les rues et empêcher ainsi la rentrée des troupes royales.

La cité ressemblait à un tombeau. Presque toutes les troupes furent à ce moment dirigées vers la montagne. Des bandes de picchiotti avaient apparu sur les sommets du mont Castellamare et dans les ravins environnants; ils échangeaient même, de temps en temps, des coups de feu avec les avant-postes royaux, qu'ils commençaient à inquiéter chaque jour.

Le général Medici, arrivé depuis plusieurs jours à Barcelona avec sa colonne, publia le 6 juillet une proclamation adressée aux soldats napolitains et dans laquelle il leur représentait leur cause comme perdue et les appelait à la liberté. Il avait avec lui quelque chose comme trois mille hommes. Les troupes royales occupaient Spadafora et le Jesso, séparées par trois ou quatre milles à peine de la brigade de Fabrizzi. On annonça, le 15, le débarquement, du général Cosenz à Olivieri, petite ville située à dix-huit milles de Milazzo et près de Poti. Il avait avec lui, disait-on, huit bateaux à vapeur, dont le Véloce, le tout amenant deux ou trois mille hommes. Le soir même, il faisait sa jonction avec le général Medici.

Le chiffre de l'armée nationale, prête à commencer les opérations, s'élevait donc à environ six mille soldats, sans compter les guérillas. On apprenait, en même temps, l'arrivée à Catane de l'ancienne division du général Türr, commandée alors par le général hongrois Ehber. La colonne de Bixio, arrivée de son côté à San-Placido, ne comptait pas plus de cinq ou six cents hommes.

Pendant ce temps, le corps du général Bosco était parti de Messine le 14, vers trois heures du matin, et s'avançait sur Spadafora en trois colonnes, la première longeant la mer pour donner la main à la garnison de Milazzo, la deuxième suivant la route consulaire, et la troisième se dirigeant sur les derniers contre-forts de la montagne. Cette petite armée comptait quatre bataillons de chasseurs à pied, plusieurs escadrons de chasseurs à cheval et de lanciers, et deux batteries d'artillerie.

Les avant-postes de l'armée libératrice se replièrent devant les troupes royales, prenant position à Linieri et Meri, bourgades à trois milles environ en avant de Barcelona.

Pendant que le général Medici exécutait ce mouvement de feinte retraite, le général Fabrizzi prenait la traverse de Saponara, de manière à gagner, par les Fiumares, les hauteurs d'Antellamare, et de couper de sa base d'opérations la colonne expéditionnaire du général Bosco. Le départ précipité des troupes royales pour la montagne donnait beaucoup de chances à ce mouvement. Chaque pas en avant de l'armée libérale venait augmenter l'appréhension des habitants de Messine. Cependant, il était évident que tant que les bâtiments de guerre étrangers seraient dans le port, entre la ville et la citadelle, et qu'on ne les aurait pas sommés de se retirer ainsi que les bâtiments de commerce, le bombardement ne pourrait avoir lieu.

Les navires de guerre sur rade étaient alors la frégate à vapeur le Descartes, le Scylla, corvette anglaise à hélice, une corvette autrichienne, enfin, une frégate piémontaise à hélice. Ces quatre navires avaient choisi leur mouillage de telle façon qu'ils interceptaient tout le champ de tir entre la citadelle et la ville. Lors d'un ras de marée, qui eut lieu vers le 10 ou le 11, les corvettes autrichienne et anglaise crurent devoir quitter le port et aller mouiller en rade. Mais, dès le lendemain, à la suite d'une espèce d'invitation officieuse aux autres bâtiments de guerre de suivre l'exemple des deux premiers, la corvette anglaise rentrait dans le port, et reprenait son ancienne place, entre le Descartes et la frégate piémontaise qui était la plus rapprochée de terre.

Il y avait sans cesse, parmi les troupes royales, des alertes du dernier plaisant. Une nuit, sur le monte Barracone, les troupes qui y campaient prirent les armes, et, pendant plus de deux heures, firent, dans toutes les directions, des feux féroces; feux de bataillon, feux de peloton, rien n'y manqua, qu'un ennemi. On croyait, en ville, à une affaire des plus sérieuses.

Une autre nuit, deux bateaux caboteurs autrichiens, chargés de vivres pour la citadelle même, ne purent étaler le courant dans le détroit et se trouvèrent drossés sur la plage entre la citadelle et le fort de la Pointe. Un chemin couvert, longeant cette plage, reliait les deux forteresses et chaque nuit deux ou trois bataillons y restaient de service en prévision d'un débarquement de Garibaldiens.