En voyant ces deux bateaux s'approcher du rivage et bientôt après s'échouer, les guerriers de François II commencent une fusillade d'enfer sur ces malheureuses barques. En vain les matelots leur crient qu'ils sont des amis; en vain leurs propres officiers leur hurlent aux oreilles: Basso et fuoco! quand ils obtiennent à grand'peine que le feu cesse d'un côté, il recommence d'un autre avec plus d'acharnement, et cependant on ne leur rendait pas un seul coup de fusil. Le feu dura plus de deux heures, les balles arrivaient jusqu'à bord des bâtiments de guerre en rade, c'est-à-dire dans une direction diamétralement opposée à celle où se trouvaient les navires suspects. Enfin, le calme se rétablit.

Le lendemain matin, ces deux malheureux bateaux, remorqués par des embarcations qu'on leur avait envoyées, rentraient dans le port, criblés de balles, leur gréement haché, leurs voiles en lambeaux et, ce qui rend cette plaisanterie fort triste, la moitié de leurs équipages tués ou blessés, malgré la précaution qu'ils avaient prise de descendre à fond de cale.

Le 17, au soir, une partie de la colonne de gauche du général Bosco marchait en dépendant sur sa gauche, lorsque ses vedettes rencontrèrent celles de Medici, et engagèrent un feu très-vif. Chaque parti faisant soutenir ses avant-gardes, il s'ensuivit un combat en règle. L'affaire continua assez tard dans la nuit. Les troupes de Bosco se retirèrent vers Milazzo, emmenant quelques prisonniers, dont un capitaine, et laissant sur le terrain pas mal de morts et de blessés. De leur côté, les Garibaldiens avaient fait aussi un assez grand nombre de prisonniers, et ils avaient moins de monde hors de combat. C'est à ce moment même que Garibaldi, quittant brusquement Palerme le 18, s'embarquait sur le City of Alberdeen avec un millier d'hommes et mettait le cap sur Milazzo. Le brave chef de l'armée indépendante avait flairé la poudre et il venait tomber sur le champ de bataille juste à point pour enlever ses volontaires et ajouter la victoire de Milazzo à celles de Calatafimi et de Palerme.

Lors de l'affaire du 17, les troupes napolitaines avaient un grand avantage sur celles de Medici, en ce qu'elles avaient du canon et tiraient à boulets creux sur un ennemi à découvert et sans artillerie. On racontait de différentes manières le commencement de cette petite action. En rapportant toutes les versions, on est certain de rencontrer la véritable.

On disait d'abord qu'un petit convoi, appartenant au corps de Bosco et composé d'une cinquantaine de mulets chargés de farine, avait été attaqué et enlevé dans l'après-midi par quelques avant-postes siciliens. Un détachement napolitain fut envoyé pour le reprendre. De là, bataille.

Suivant d'autres, le général Bosco avait confié à un major un poste important que celui-ci abandonna presque immédiatement. Arrêté par ordre de son général, il fut enfermé dans le château de Milazzo. En vrais soldats napolitains, les royaux commencèrent à s'ameuter et à crier haro sur le général Bosco, exigeant la mise en liberté immédiate de leur major. Mais ce n'était pas le compte du général qui, peu facile à intimider, commença par ramasser quelques troupes d'élite et apaisa rapidement cette mutinerie; puis, prenant en personne le commandement de deux bataillons, s'en alla bravement reprendre le poste abandonné qu'occupaient déjà quelques hommes de Medici. Ne voyant pas motif sérieux pour le garder quand même, il se retira, de sa propre volonté, ou, suivant la version opposée, il fut forcé de l'abandonner. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans cette affaire, les Napolitains eurent quinze hommes tués et cinquante blessés. On leur fit une soixantaine de prisonniers. Les pertes des Siciliens ne furent que de dix hommes tués, trente-cinq blessés et vingt-sept prisonniers.

Ces récits variés s'appliquent-ils à une seule affaire ou à plusieurs? Les deux bulletins de Medici, ci-joints, feraient pencher pour la seconde hypothèse.

«Barcelona, 17 juillet, sept heures quinze minutes du soir.

«L'ennemi a tenté de tourner mon extrême droite. J'ai envoyé contre lui quatre compagnies. Combat très-vif. L'ennemi, fort de deux mille hommes, avec artillerie et cavalerie, a été repoussé et s'est retiré à Milazzo. Notre perte est de sept morts et divers blessés, celle de l'ennemi est beaucoup plus forte; il a laissé aussi quelques chevaux.

«Signé: MEDICI.»