La légion anglo-sicilienne, commandée par le colonel anglais Dunn, fut une des premières et des plus sérieusement aux prises avec l'ennemi.

L'armée nationale, privée d'artillerie et obligée de lutter contre des troupes qui avaient choisi d'avance leurs positions, se tenant à couvert et trouvant partout des abris pour ses tirailleurs, avait, dans le principe, un désavantage marqué. Ce n'était que par des prodiges de valeur qu'elle pouvait espérer égaliser les chances du combat. A la suite d'un mouvement en avant très-prononcé qu'elle exécuta rapidement et avec audace, il y eut un temps d'arrêt causé par plusieurs décharges successives de mitraille. Le désordre, se mettant alors de la partie, obligea les libéraux à battre en retraite pour se rallier et sortir de la zone de feu dans laquelle ils s'étaient engagés.

On se reformait lentement. Ces décharges écrasantes avaient serré le coeur des volontaires. Lorsque tout à coup, le cri de: «Voilà Garibaldi!» se répète d'un bout à l'autre des lignes. Un régiment piémontais, arrivant tout frais sur le champ de bataille, se précipite en avant tête baissée, Garibaldi le précède; il est suivi par tout le reste de l'armée qui se reforme comme elle peut en marchant en avant. Le combat se rétablit. La route consulaire abordée à la baïonnette est enlevée et les troupes royales sont rejetées vers le rivage. Mais là, chaque champ est une redoute qu'il faut forcer. Ces diables de haies sont infranchissables. Il faut les abattre à coups de crosse et couper les cactus à coups de sabre. L'ennemi, en fuyant, a abandonné une pièce sur la route, le général Garibaldi, qui en ce moment n'a auprès de lui que Missori et deux ou trois guides, l'aperçoit, et on s'empresse de la jeter dans le fossé, ne pouvant l'emmener; car, au même moment, une dizaine de braves lanciers de l'armée napolitaine faisaient une charge pour tâcher de dégager leur pièce et de la ramener. Après avoir parcouru deux ou trois cents mètres et passé à côté de Garibaldi et de ses compagnons sans y prendre garde, ils revenaient, renonçant à l'espoir de retrouver leur canon, lorsqu'ils aperçurent le général et se précipitèrent, la lance baissée, sur le petit groupe d'hommes qui l'entourait.—Pends-toi, brave Dumas, tu n'étais pas là pour raconter ce combat digne de d'Artagnan!—D'un coup de revers de sabre, le général Garibaldi abat presque la tête du major qui commandait les lanciers. Missori tue le second et le troisième. Les autres s'espadonnent avec les guides. En résumé, huit lanciers et huit chevaux restent sur le carreau et le Dictateur s'élance vers de nouveaux hasards.

Les volontaires avancent toujours avec intrépidité, les Napolitains ne cèdent que pied à pied. Les terrains conquis sont couverts de morts et de blessés parmi lesquels il y a bien plus de volontaires que de soldats royaux. Ou arrive enfin aux roseaux où l'on se bat à bout portant.

Encore refoulés, les Napolitains se précipitent vers l'isthme et le pont, suivis de près par les Garibaldiens. Mais à ce moment, la batterie du pont se démasque et fait pleuvoir sur ceux-ci une grêle de mitraille. C'est là que leurs pertes furent le plus sensibles. Il est impossible d'aller de l'avant sous cette pluie de biscaïens et cependant un plus long temps d'arrêt compromet le succès de la journée. Le Dictateur paraît et, en même temps que le cri de Vive Garibaldi! sort de toutes les bouches, toutes les poitrines s'élancent au feu; la batterie est escaladée, quelques pièces, attelées à la hâte, fuient au galop de leurs chevaux; mais deux canons restent au pouvoir des assaillants. Les uns et les autres arrivent pêle-mêle sur l'isthme. De tous côtés la ville est envahie. Pourchassés dans les rues, les royaux se hâtent de gravir les rampes du château et se réfugient dans la forteresse, aux acclamations des volontaires. Ceux-ci, après l'avoir tournée, attaquent et enlèvent immédiatement deux tours et une demi-lune, en face de la porte principale du château, vers l'intérieur de la presqu'île. Le Véloce était venu aussi prendre sa part du combat et tirait à boulet sur l'armée royale. Un instant le général Garibaldi se rendit à bord; et, au moment où les Napolitains essayaient une sortie du château, plusieurs volées de mitraille lancées par les grosses pièces du bord les arrêtèrent court et les forcèrent à rentrer au plus vite dans la place.

Telle était la situation à cinq heures et demie du soir. Le reste des troupes royales était enfermé et bloqué dans la citadelle de Milazzo, tandis que sur les hauteurs, du côté de Spadafora et du Jesso, on apercevait des colonnes napolitaines s'éloignant en toute hâte dans la direction de Messine.

Le soir, Milazzo était occupée par une division de l'armée sicilienne et toutes les rues, routes et chemins aboutissant à la citadelle, barricadés et défendus par de forts détachements.

Pendant le combat, on avait aperçu au large deux grands navires de guerre croisant sans pavillon. Au premier abord, le chiffre des pertes du côté des Garibaldiens fut estimé à près de 800 hommes hors de combat.

Les Napolitains n'en accusèrent qu'environ 300.

Voici les deux bulletins du quartier général garibaldien: