Les broussailles, dont nous avons indiqué la composition dans la relation du voyage, sont beaucoup moins répandues que dans la partie correspondante de la province d’Oran, et elles ne se rencontrent guère que sur les pentes de quelques coteaux. Nous devons faire remarquer l’extrême rareté du Palmier-nain (Chamærops humilis), qui, sur un si grand nombre de points du littoral des provinces d’Oran et d’Alger, envahit le sol, d’où le colon ne peut le faire disparaître que par des défrichements souvent dispendieux.

La végétation de la région méditerranéenne dans son ensemble rappelle celle des points correspondants du littoral européen, et sa vigueur luxuriante est un indice de l’extrême fertilité du pays. Les céréales peuvent acquérir un magnifique développement non-seulement dans les vallées et dans les endroits irrigables, mais encore sur les pentes où l’irrigation ne peut être pratiquée. D’abondants pâturages couvrent la plupart des terrains incultes, et sont déjà par eux-mêmes une source de richesse, en attendant que le défrichement vienne les convertir en magnifiques moissons. Les tubercules de l’Asphodèle (Asphodelus ramosus) et les bulbes de la Scille (Scilla maritima), plantes si abondantes dans tous ces pâturages, fourniront longtemps encore à l’industrie européenne la matière première pour la distillation de l’alcool. La profondeur de la couche végétale est indiquée partout par l’excessive fréquence du Cynara Cardunculus.

Région méditerranéenne littorale. — Le climat tout méditerranéen de la région littorale est nettement indiqué par les caractères généraux de la végétation spontanée[37] et des cultures. — L’Agave (Agave Americana) et le Figuier-de-Barbarie (Opuntia Ficus-Indica), si répandus aux environs d’Oran, n’occupent ici que des espaces circonscrits. La saison des pluies et la saison de sécheresse sont moins nettement tranchées. Le développement des plantes est moins précoce que dans la province d’Oran en raison de la différence de latitude et des influences qui se produisent selon la longitude.

Nous ne croyons pas devoir donner ici le tableau des espèces caractéristiques de la végétation, car il suffit de consulter nos notes sur les environs de Philippeville et sur le trajet de Philippeville à Constantine pour se faire une idée de la richesse botanique et agricole de la région.

Le nombre total des espèces et des principales variétés observées dans la région littorale est de 434.

Sous le rapport de leur durée elles peuvent être partagées en deux groupes, le nombre des espèces annuelles ou bisannuelles étant d’environ 242 et celui des espèces vivaces de 192. — Parmi les espèces vivaces, 43 sont ligneuses ; on ne peut guère compter que 7 arbres croissant spontanément dans la région : Cratægus Azarolus, Tamarix Africana, Olea Europæa, Fraxinus australis, Ulmus campestris, Quercus Suber, Populus alba. La relation de notre voyage donne des renseignements suffisants sur les arbres introduits dans la région.

Si l’on considère les plantes de la région littorale au point de vue de leur classification en familles naturelles, on trouve que le nombre des Dicotylédones est de 359, et celui des Monocotylédones de 75. — Les familles principales rangées, d’après leur importance relative dans la région, donnent le tableau suivant :

Espèces. Espèces.
1Composées7414Rosacées7
2Légumineuses6915Cypéracées7
3Graminées4416Cistinées6
4Ombellifères2117Polygonées6
5Crucifères1418Malvacées5
6Caryophyllées1419Gentianées5
7Renonculacées1120Papavéracées4
8Scrophularinées1121Linées4
9Euphorbiacées1122Géraniacées4
10Labiées1023Lythrariées4
11Rubiacées924Oléacées4
12Liliacées925Plantaginées4
13Borraginées826Iridées4

Les résultats fournis par la comparaison de la région littorale, au point de vue de la géographie botanique, avec les autres contrées du bassin méditerranéen étant consignés dans un tableau synoptique[38] nous ne croyons pas devoir les reproduire ici ; nous nous bornerons à exposer quelques données complémentaires des indications portées au tableau.

Si l’on fait la somme des espèces appartenant aux diverses parties du bassin méditerranéen, on voit que cette somme est de 277 ; en y ajoutant les 125 espèces de l’Europe on obtient le total de 402, tandis que les autres éléments de la végétation ne sont représentés que par 32 espèces. — Sur les 27 espèces spéciales, 20 n’ont pas été observées dans les autres régions.