RÉGION DES HAUTS-PLATEAUX.

La région des hauts-plateaux[40], ainsi que nous l’avons dit plus haut, n’a pas au nord de limite tranchée ; cette limite n’est guère déterminée que par l’altitude et l’aspect particulier des vastes plaines qui constituent la région. Au sud au contraire elle est limitée de la manière la plus naturelle par la chaîne de montagnes qui s’étend de l’est à l’ouest comme une immense muraille pour la séparer du Sahara. Les hauts-plateaux dans la province de Constantine ne sont, à vrai dire, qu’une dépendance de la région montagneuse ; leurs vastes plaines dépourvues de bois d’une altitude de 700 à 1,100 mètres, n’en sont guère que le premier étage. Ces plaines, par leur étendue, le nivellement de leur surface, leur uniformité, offrent cependant un type assez tranché pour que nous ayons cru devoir les regarder comme constituant une région spéciale ; cette manière de voir est du reste complétement justifiée par les analogies de la végétation de la contrée qui nous occupe avec celle des hauts-plateaux des provinces d’Alger et d’Oran. — Les cours d’eau peu nombreux dans la région des hauts-plateaux, et en général d’un volume peu considérable, vont se jeter dans les lacs salés et à sec en été (Chott ou Sebka) qui ne sont pas rares dans le pays, ou se perdent dans la région saharienne. — Les chotts, bien qu’on y rencontre déjà quelques-unes des plantes des grands chotts de l’ouest, en raison de leur altitude et de leur étendue relativement faible, n’impriment pas à la végétation un caractère aussi spécial que dans la province de l’Ouest.

La région des hauts-plateaux ne possède pas de véritables bois ; la végétation arborescente n’y est représentée que par quelques arbres de la région montagneuse inférieure qui s’y rencontrent généralement par pieds isolés, tels sont : les Genévriers (Juniperus Oxycedrus et Phœnicea), le Pin-d’Alep (Pinus Halepensis), le Chêne-vert (Quercus Ilex) et une nouvelle espèce de Frêne (Fraxinus dimorpha) ; çà et là dans la plaine, dans les ravins, sur les coteaux et à la base des montagnes on voit le Pistacia Atlantica, dont la limite d’altitude paraît être à peu près celle des hauts-plateaux et qui ne forme des massifs que d’une manière exceptionnelle ; au voisinage des chotts et au bord des eaux croissent des Tamarix (T. Africana, Gallica et bounopœa).

Les broussailles sont rares dans la région, et elles sont surtout formées par le Zizyphus Lotus et le Retama sphærocarpa qui se présentent généralement sous la forme de buissons orbiculaires espacés.

De larges surfaces dans les terrains incultes sont couvertes de plantes vivaces ou frutescentes parmi lesquelles nous devons mentionner les : Artemisia Herba-alba, Santolina squarrosa, Asphodelus ramosus, Othonna cheirifolia, Cynara Cardunculus, etc. L’Alfa (Stipa tenacissima) et les autres espèces de Stipa qui, dans l’Ouest, sont si abondantes, sont au contraire assez rares dans les plaines des hauts-plateaux de l’est. — Les dépressions du sol et les endroits les moins arides offrent des pâturages assez riches où domine souvent la Luzerne (Medicago sativa).

Les cultures ne tiennent encore que peu de place ; le Blé et l’Orge ne sont généralement semés par les indigènes que dans les endroits frais ou arrosés. — C’est surtout dans les terrains meubles, dans les moissons et dans les champs récemment cultivés que se trouvent les espèces caractéristiques de la région.

Nous ne donnons pas ici le tableau de ces espèces caractéristiques de la végétation, car il suffit de consulter nos notes sur le trajet de Constantine à Batna, sur les environs de Batna (voir la liste des plantes observées dans les plaines de Batna et de Lambèse) et sur le trajet de Batna à El-Kantara pour se faire une idée de la nature de la végétation et des ressources agricoles de la région.

Le nombre total des espèces et des principales variétés est de 579.

Sous le rapport de leur durée elles peuvent être partagées en deux groupes à peu près égaux, le nombre des espèces annuelles ou bisannuelles étant de 299, et celui des espèces vivaces de 280. Parmi les espèces vivaces, 49 sont ligneuses ou frutescentes ; on ne peut guère, ainsi que nous l’avons dit plus haut, compter que 5 arbres croissant spontanément dans cette région, dont l’un des caractères est d’être dépourvue de bois. — La relation de notre voyage donne des renseignements suffisants sur les arbres introduits dans la région.

Si l’on considère les plantes de la région des hauts-plateaux au point de vue de leur classification en familles naturelles, on trouve que le nombre des Dicotylédones est de 473 et celui des Monocotylédones de 106. — Les familles principales rangées, d’après leur importance relative dans la région, donnent le tableau suivant :