La présence ou l’abondance du Cèdre sur les divers versants, ainsi que les formes qu’il peut présenter, nous ont paru résulter d’un concours de circonstances et être soumises à des lois dont l’exposé trouvera mieux sa place dans les considérations générales sur la région montagneuse. Nous nous bornerons ici à faire remarquer que la superficie occupée par le Cèdre est beaucoup plus étendue sur les versants dirigés vers le nord que sur les pentes opposées, où il ne se présente généralement qu’au-dessous des sommités les plus élevées et dans la partie supérieure des ravins les plus profonds.

Liste des plantes observées au Djebel Tougour[16].

Pour donner une idée plus complète de la richesse forestière des environs de Batna, nous croyons devoir consigner ici les précieux renseignements que nous devons à l’obligeance de M. Grillot, alors garde général des forêts de la subdivision. Les forêts reconnues par l’administration et soumises à sa surveillance, et celles où il a été fait quelques explorations, ne comprennent pas moins de 13,500 hectares. — Les forêts du Djebel Tougour sont évaluées approximativement à 1200 hectares de Cèdres et 1500 hectares de Chênes-verts et essences diverses. — Le Djebel Bordjem ne contient pas moins de 1800 hectares, dont le Chêne-vert forme l’essence principale. — Les vastes forêts qui couvrent les nombreuses montagnes du Bellesma offrent une étendue d’environ 1800 hectares de Chênes-verts et 3000 hectares de Cèdres, qui, sur les versants nord, les sommités et dans les ravins, se prolongent à une distance d’environ 6 lieues. Dans l’une de ces forêts a été abattu un Cèdre de près de 45 mètres de hauteur, et dont le tronc, mesuré à 1 mètre au-dessus du sol, présentait 6m,25 de circonférence. La forêt de Teniet-el-Haad, dans la province d’Alger, que nous avons visitée depuis, présente communément des Cèdres de cette circonférence, et un assez grand nombre qui offrent encore des proportions plus remarquables. — Plus à l’ouest, pour gagner la plaine des Bou-Aoun, on traverse une gorge d’une longueur de près de 6 lieues, et dont les pentes sont couvertes de Chênes-verts, d’Oliviers et de Pistacia Atlantica ; l’écorce de ce dernier arbre, qui contient beaucoup de tannin, pourra devenir l’objet d’une exploitation importante. Dans un autre ravin également rapproché du territoire des Bou-Aoun, on rencontre un bois de Houx (Ilex Aquifolium) de 3 à 4 hectares. — Les forêts des environs immédiats de Lambèse, composées surtout de Chênes-verts, de Genévriers, et où le Pin d’Alep se rencontre sur quelques points, présentent plus de 2000 hectares. — A 3 lieues de Lambèse, à Nza-Sdira, sur un versant occidental, il existe une forêt composée de Chênes-verts, d’Ormes, d’Erables (Acer Monspessulanum) et de Frênes qui atteignent souvent de grandes dimensions ; on y rencontre des Pruniers sauvages et le Lierre (Hedera Helix) ; dans cette forêt, il n’est pas rare de voir le Chêne-vert acquérir un magnifique développement, et son tronc ne se ramifie souvent qu’à 10 mètres du sol. — A 5 lieues environ de Lambèse, à Squaq, une forêt de Cèdres couvre plus de 3000 hectares.

La pente des derniers contre-forts de l’Aurès (Djebel Itche-Ali)[17], qui, vers le point de jonction des vallées de Lambèse et de Batna, s’élèvent de plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de ces vallées, présente des bois dont les essences principales sont les Pinus Halepensis, Juniperus Oxycedrus et Phœnicea, Acer Monspessulanum, Quercus Ilex, et le Pistacia Atlantica qui descend jusque dans la vallée. Ces bois, dans l’étendue que nous en avons parcourue, ne nous ont offert qu’un seul Cèdre de quelques années seulement ; M. Jamin y a observé le Juniperus thurifera, qui n’y est représenté que par quelques pieds, et que nous retrouverons en abondance sur d’autres montagnes de l’Aurès. Dans la partie inférieure de la pente, M. Balansa a rencontré quelques pieds d’une espèce nouvelle de Poirier (Pyrus longipes), qui pourra servir de sujet pour la greffe de nos variétés de poiriers d’Europe. L’Amandier croît également dans ces bois. Dans leur partie supérieure se retrouvent le Cratægus monogyna var. hirsuta et le Cotoneaster Fontanesii avec le Ruscus aculeatus. Vers le milieu de la hauteur de la montagne se trouvent réunies un assez grand nombre d’espèces caractéristiques de cette zone :

Les broussailles qui bordent la vallée sont composées, comme celles de la vallée elle-même, du Retama sphærocarpa, qui plus haut est remplacé par le Calycotome spinosa.

TRAJET DE BATNA A EL-KANTARA.

La route de Batna à Ksour nous amène bientôt au point de la vallée qui établit le partage des eaux du Tell et du Sahara (1090 métrés d’altitude). La route se rapproche de la rivière, dont le lit ne présente que des flaques d’eau de distance en distance, et traverse des plaines uniformes presque entièrement incultes, où de larges espaces sont couverts de touffes de Retama sphærocarpa, d’Artemisia Herba-alba et de Santolina squarrosa ; dans les champs en friche, nous retrouvons en abondance le Delphinium Orientale. Sur les montagnes qui limitent la vallée à l’est, les bois ne sont plus représentés que par des broussailles parsemées de quelques arbres peu élevés (Pistacia Atlantica et Juniperus Phœnicea). — Vers Ksour, la vallée s’élargit, et, dans le voisinage du caravansérail (961 mètres d’altitude), quelques champs de céréales, qui nous offrent le Hohenackeria polyodon et le Valerianella stephanodon, sont fertilisés par des irrigations dérivées de la rivière, dans laquelle des sources versent leurs eaux douces et abondantes. Dans des terrains en friche auprès du caravansérail se rencontrent de nombreuses touffes de Peganum Harmala et le Silybum eburneum. — La route, après avoir traversé la plaine de Ksour, s’engage dans l’un des profonds ravins des montagnes qui bornent cette plaine vers le sud ; les pentes argileuses et pierreuses de ces ravins encaissés n’offrent que quelques rares buissons ; vers leur partie inférieure, dans les points arrosés par des dérivations de la rivière, quelques champs de céréales présentent le plus beau développement, et annoncent la fertilité du sol, qui, pour produire de riches moissons, n’a besoin que d’irrigations pratiquées du reste avec une certaine habileté par les indigènes. A Nza-Ben-Messaï ou les Tamarins (790 mètres d’altitude), les eaux de la rivière sont encore assez abondantes, et sur les berges se rencontrent de nombreux buissons de Lauriers-Roses et de Tamarix Africana, en arabe Tarfa, d’où le nom d’Oued Tarfa donné au cours d’eau par les indigènes, et le nom français attribué à la localité. Il n’y a encore aux Tamarins d’autre construction que la maison bâtie par les soins de l’administration pour servir de halte aux voyageurs. Sur les bords de l’Oued Tarfa, M. le docteur Guyon a recueilli le Lonchophora Capiomontiana que nous retrouverons dans la région saharienne. La vallée des Tamarins forme un bassin assez étendu du nord au sud, borné à l’est et à l’ouest par des montagnes entièrement déboisées. Quelques champs de Blé dur et d’Orge, bien arrosés, sont déjà (25 mai) arrivés presque à maturité ; les plantes que nous observons dans ces moissons sont encore pour la plupart celles de la région des hauts-plateaux, et nous y retrouvons le Hohenackeria polyodon, que dans notre voyage nous n’avons pas vu au sud de cette localité.

Liste des plantes observées dans les moissons aux environs des Tamarins.